Dieu de miséricorde : sur le divorce

A propos de Mc 10,2-16

Frères et sœurs, comme le note un commentateur, « aborder la question du mariage par celle du divorce n’est pas la plus noble façon, mais, de tous temps, la plus cruciale » : cruciale au premier chef pour ceux qui, de différentes manières, subissent les effets d’un tel divorce ; mais cruciale aussi, disons-le, pour le prédicateur de ce jour que l’on risque bien d’attendre au tournant… Un de mes frères dominicains disait volontiers que Dieu ne nous attend pas au tournant, mais qu’il le prend avec nous : je souhaiterais que l’Église et chacun d’entre nous fassent de même dans la question qui nous occupe.

Frères et sœurs, laissez-moi d’abord confesser la foi de l’Église : oui, le mariage est un mystère de grande portée, et il est indissoluble. « Dieu n’a pas créé l’homme », affirme dans un titre provocateur la psychanalyste Marie Balmary : de fait, le premier récit biblique de la création, lu au plus près, affirme que Dieu a créé le terrien indifférencié, mâle et femelle ; et le deuxième récit, celui que nous venons d’entendre, montre que l’homme et la femme ne surgissent eux plus tard que dans la rencontre. Autrement dit, l’homme et la femme ne deviennent vraiment sujets que dans cette relation qui les unit, à l’image de ce que Dieu est en lui-même. En ce sens, pour cette raison et pour bien d’autres, le mariage qui met en relation, par la volonté même de Dieu, deux êtres qui se correspondent est une réalité créatrice, merveilleuse, unique : « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ». Le conseiller d’équipe Notre-Dame, et même le célibataire que je suis, ne trouvera jamais de mots assez justes, assez forts pour dire la grandeur du mariage.

Je sais parfaitement et reconnais que Dieu donne sa grâce, toute sa grâce, aux époux qui s’unissent sacramentellement : je suis sans cesse le témoin émerveillé des effets de cette grâce dans de très nombreux couples. Mais je constate aussi que l’accueil de cette grâce est exigeant, difficile, d’autant plus difficile qu’il doit être le fait de l’un et de l’autre, ensemble sinon en même temps, et je vois que de nombreux couples y échouent. Cet échec ne dissuade pas certains d’entre eux de vouloir tenter un nouvel essai, que l’église catholique refuse pour sa part de bénir. Elle a ses raisons, meilleures peut-être que certains ne le disent, mais elles ne me feront jamais oublier que Dieu est venu non pour les bien-portants, mais pour les malades et les pécheurs.

A la souffrance de l’échec, à la souffrance de la séparation, à la souffrance de la solitude et de l’incompréhension, comment ajouter encore la souffrance de la condamnation ou du rejet, voire même de la simple réaffirmation d’une loi connue et justifiée ? Jésus ne rappelle pas la loi devant les intéressés : il vient à leur rencontre, au-devant de la femme aux cinq maris comme de celle convaincue d’adultère. Pourtant me direz-vous, aujourd’hui, dans notre évangile, il rappelle bien la loi : mais constatez qu’il ne le fait pas devant les personnes concernées, mais face à tous ceux qui veulent biaiser avec cette loi et le mettre en difficulté ; et précisément parce qu’ils savent combien Jésus est porté à accommoder cette loi, à faire passer l’homme avant le sabbat : si Jésus réaffirme la loi, c’est parce qu’on cherche à le piéger sur sa miséricorde dont on sait qu’elle prévaudra toujours sur cette loi.

Dans quelques temps, je vais me rendre à Paris. J’y rencontrerai un couple : lui est divorcé après 20 ans de mariage, elle n’a jamais été mariée. Il a retrouvé la foi auprès de sa nouvelle compagne. Il sait tout comme elle que leur nouvelle union ne peut trouver de consécration ecclésiale officielle, et aucun d’eux ne demande d’ailleurs une telle chose. Mais je leur ai proposé de prier chez eux et avec eux, en présence de quelques amis, pour confier leur couple au Seigneur, et cette proposition a constitué pour eux une délivrance : elle les a illuminés car ils n’avaient pas osé me l’adresser, et elle leur a redonné l’image d’un Dieu de miséricorde. Frères et sœurs, quel Dieu voulons-nous faire connaître à ceux qui nous entourent, en particulier aux divorcés ?

P. S. Voir sur le même sujet, mais écrit en 2018, le post suivant :

La règle ou la recommandation

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