Taybeh, ville chrétienne

Hier dimanche, la plupart des frères dominicains étaient invités à Taybeh, à 30 kms au nord de Jérusalem, dans les Territoires occupés, pour une petite fête. Taybeh, ce nom ne vous dit sans doute rien ? Je ne peux mieux faire que de recopier la présentation qu’en fait leur site Internet :

« La Commune de Taybeh est située à 30 kilomètres au nord-est de Jérusalem, dans les territoires occupés de Cisjordanie en Palestine, et à 60 kilomètres de Amman en Jordanie. Le village compte une population totale de 1300 habitants, chrétienne en totalité, de rites Byzantins,  Orthodoxes et Romains. Perché sur une hauteur surplombant la vallée du Jourdain, aux bords de la Samarie et de la Judée, on aperçoit au loin ses trois clochers, ses maisons carrées, et les ruines du château de Boniface de Montferrat.

Le site n’est pas inconnu des récits bibliques. La tradition, confirmée par de récents travaux exégétiques, l’identifie à la localité d’Ophra (Ephron ou Ephraïm). Le mot « Ophra » sonnait mal (la racine « afrit » signifie en arabe : « démon malfaisant »). Sous le règne de Saladin, on le remplaça donc par celui, plus rassurant, de « Taybeh », « Bonne de nom » ».

Vous avez bien lu, population chrétienne en totalité : c’est une étrangeté dans le paysage environnant, avec ses villages musulmans et ses colonies juives en expansion. Ce que le site ne dit pas, c’est que cette population comptait plus de 3000 personnes il y a vingt ans, et que l’émigration y est donc très forte. C’est en partie pour cela que le père Raed, le curé de l’église latine, un battant remarquable, a mis en place plusieurs structures sociales : il s’agit de donner du travail sur place aux gens. Hier, il nous disait sa fierté d’employer 86 personnes. Cela ne va pas s’arrêter là : il dispose des fonds et des autorisations nécessaires pour mettre en place une radio chrétienne, et pour la faire fonctionner… 6 mois. Ensuite, dit-il, on verra. Le père Raed, vous l’imaginez facilement, est à l’origine du site dont je vous parlais plus haut, et des « lampes de la paix » : pour comprendre ce dont il s’agit, je vous renvoie au site en question.

Mais je voudrais, avant de terminer pour ne pas être trop long, vous parler de Silwan (nom changé). Il a une vingtaine d’années. Ses parents sont revenus s’installer sur cette terre en 1995, après la première Intifada, en espérant fort la naissance d’un nouvel État… qu’ils attendent toujours. Silwan est lui aussi un battant : il participe à la mise en place de visites pour les touristes, dans un groupe où ils sont sept maintenant. Hier, il nous a donc entraînés dans la visite en question, qui montre bien sûr ce que les touristes trop pressés ne voient pas : la colonie juive toute proche, qui ne cesse de s’étendre sur des terrains qu’elle réquisitionne, parfois avec une contrepartie théorique qu’elle fixe elle-même (mais les palestiniens ne l’acceptent pas, ne voulant pas être accusés de brader leurs terres) ; le camp militaire, un peu plus loin, stratégique puisque l’on voit fort bien la Mer Morte et surtout la Jordanie : une autre colonie, sur l’autre côté du village ; les maisons abandonnées par ceux qui sont émigrés etc. Avec les gens « pressés », nous voyons aussi la fameuse église byzantine St Georges, largement en ruines mais toujours très fréquentée, bâtie sur une position dominante…

Magnifique visite, de plus d’une heure, avec ce jeune garçon qui nous parle dans un français presque sans défauts de son histoire, de l’histoire de son village, de la situation souvent tragique des palestiniens chrétiens, de leurs rapports avec les musulmans, de leurs espérances et de leurs craintes etc. Si vous passez en Terre Sainte, n’oubliez pas Taybeh, et bien d’autres lieux du même genre : ce n’est pas nécessairement très spectaculaire au plan du patrimoine, mais ça l’est du point de vue des gens que l’on y rencontre.

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