Un juste est passé

Thierry est passé hier « de ce monde au Père ».

Nous nous étions connus sur le campus d’HEC parce que nous faisions partie de la même promotion, et vivions « au même étage » ; nous nous retrouvions parfois en outre au sein de la communauté chrétienne de cette école. Depuis ce temps-là, plus de 34 ans déjà, nous nous croisions et passions un moment ensemble, de temps à autre, avec son épouse. Aujourd’hui, je suis très triste, et pourtant, je rends grâces.

Depuis tant d’années, combien de gens inconnus, célèbres, étonnants, agressifs, pacifiques, ont traversé ma vie : j’ai oublié beaucoup d’entre eux, mais je reste marqué par certaines rencontres, certains contacts, aussi brefs ou peu fréquents soient-ils. Ils laissent une trace que l’on ne perçoit pas sur le moment, qui s’imprime peu à peu en nous, et que l’on ne reconnaît un jour qu’au prix d’un arrêt sur place et d’un regard en arrière. Je repense aujourd’hui à ce musicologue, Edmond Barthélemy, Edmond Marc de son nom de compositeur, chez qui j’ai habité un an en prépa, et dont j’ai compris bien après l’avoir quitté et perdu de vue qu’il avait su, par son attitude bienveillante, par ses paroles douces, par son humilité et exemplaire pauvreté, me garder au cœur de cette église catholique qu’il aimait. Sans jamais « m’avoir prêché ».

Mon ami Thierry était « un juste », « un homme sans détour » (cf. Jn 1,47), et je ne vois pas d’autres mots qui lui conviennent mieux. Il était droit, toujours bienveillant. Il avait bien connu la maladie, elle l’avait oublié, puis elle était revenue le trouver depuis quelques années, au travers d’un cancer et de ses suites. Il a beaucoup souffert, il ne se plaignait pratiquement pas. Quand vous veniez le voir, quand vous lui parliez au téléphone, il acceptait de dire quelques mots de sa situation, mais il en venait très vite à parler de la vôtre, de vos projets, de votre vie : il ne fuyait pas, il était seulement et pleinement donné aux autres, et tout spécialement à sa femme, ses enfants, ses amis. Tout homme « avait du prix à ses yeux », comme le dit une magnifique formule biblique (1 Samuel 26,21 ; Isaïe 43,4).

C’est vrai qu’il était optimiste, viscéralement optimiste, mais je crois que ce fut pour lui une grâce autant qu’un trait de caractère. Peu importe après tout, l’important est qu’après avoir passé ou parlé un moment avec lui, on repartait plus joyeux, plus positif.

Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous parle de Thierry, sur ce blog ? Pas simplement parce qu’en ces jours je suis très triste pour son épouse et ses enfants, et les confie à Jésus.  Mais c’est aussi parce que cette disparition m’est l’occasion, malgré la tristesse, de rendre grâce au Seigneur pour les messagers qu’il met généreusement sur nos routes et qui nous aident à avancer, et parce que je me dis en outre que s’il y avait beaucoup plus de « Thierry » sur cette terre sur laquelle je suis, elle redeviendrait vite pour tous pure, sainte, pacifique.

Je ne voudrais pas terminer ce billet sans exprimer un remerciement, né de ma fibre initiale d’entrepreneur : la société dans laquelle travaillait Thierry, lui a permis de venir y travailler jusqu’à la limite de ses forces, et je suis sûr que cela l’a beaucoup soutenu. Certes, il était cadre, et l’on permet souvent plus de choses aux cadres qu’aux simples employés. Il n’empêche : c’est une pratique si courante de « taper » sur les entreprises et leur management, alors que je suis convaincu que les reproches qu’on leur adresse ne représentent qu’une partie de la réalité. Merci donc à ceux qui l’ont accompagné et soutenu dans la dite entreprise, merci à celui d’entre eux qui a correspondu avec moi à propos de Thierry et qui se reconnaîtra.

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