L’Église est communion dans la charité

Au moment où je commence à écrire ce billet, je reviens tout juste de la grande procession des Rameaux sur les pentes du mont des Oliviers : les chrétiens de Jérusalem, ceux natifs de la ville et de la région comme ceux de passage, ont l’habitude de s’y donner rendez-vous pour près de trois heures de marche, de chants, de danse, qui intriguent, amusent ou enthousiasment ceux qui sont au bord du chemin. C’est la JMJ (journée mondiale de Jérusalem) locale et annuelle, et les chrétiens palestiniens sont tout heureux de s’y retrouver pour manifester leur existence, pour autant bien sûr qu’ils aient la possibilité de passer le mur pour venir sur place : cette célébration est d’abord la leur, on est heureux de les y voir.

Pour le chrétien occidental que je suis, à l’image d’autres manifestations du même genre sous bien d’autres cieux, c’est surtout une célébration ecclésiale, dans laquelle se percoivent tout à la fois la diversité et l’unité de l’Église. Dans la plupart des rassemblements humains, ce qui rassemble se trouve au milieu de l’assemblée, parfois en son centre comme le ballon de foot ou de rugby au démarrage du match ; dans un rassemblement comme celui que j’évoque, celui qui rassemble, le Christ mort et ressuscité, se trouve au-delà ou en avant de ceux qui sont rassemblés. La communion entre les personnes procède de celle qui existe avec le Christ, c’est son appel qui fait naître l’Église. L’apôtre Paul s’exprime fort bien à ce sujet au début de la première lettre aux Corinthiens : « Paul, appelé à être apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Sosthène, le frère, à l’Église de Dieu établie à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de Jésus Christ, notre Seigneur, le leur et le nôtre » (v. 1-2). La communion est donnée, elle ne se forge pas au prix d’un faux enthousiasme ou de multiples canettes de bière…

Elle ne se manifeste donc pas non plus, encore que ce ne soit pas exclu, dans l’uniformité du vêtement, dans le port de drapeaux ou dans des slogans bien apprêtés, mais à travers la charité. Celle-ci n’a rien à voir avec la caricature qu’on en donne parfois, et que symbolise l’expression « faire la charité ». Non, elle est accueil et mise en oeuvre de ce qui appartient au coeur même de Dieu, de cet amour réciproque du Père, du Fils et de l’Esprit, eux-mêmes témoins privilégiés et originaux de cette diversité et de cette unité dont je parlais plus haut. Sans la charité, la procession d’hier n’était qu’un agrégat de groupes et d’individus, témoignant de leurs coutumes, de leurs spécificités, de la qualité de leurs chants, une sorte de rassemblement de bagadoù, les célèbres fanfares bretonnes ; mais avec la charité, au travers de ce lien fondateur au Christ mort et ressuscité, nous nous trouvions au coeur d’un rassemblement d’Église.

On l’aura compris : cette charité qui construit l’Église, qui l’unifie, ne fait en rien disparaître l’originalité, ou plutôt l’identité, de chacun des membres qui la constitue. Je dirais même qu’elle lui donne sa mesure véritable. Il vaut le coup de se livrer sans détours et sans mesure à cette charité-là.

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