Pâques… et après ?

Il y a longtemps que l’on se pose la question de savoir si les chrétiens ont les gueules de ressuscités que, dit-on, ils devraient avoir. Mais c’est quoi, en fait, une gueule de ressuscité ? A la sortie de la messe de la nuit, samedi dernier, une bonne partie des gens qui étaient venues dans notre basilique Saint-Étienne se sont mis à chanter et danser, autour d’un feu pascal agonisant : avaient-ils des gueules de ressuscités ? Peut-être, de gens joyeux sûrement, en tout cas si l’on juge d’après l’apparence.

Mais c’est autre chose la résurrection, sa vérité se manifeste bien au-delà des apparences. Si l’on en juge d’après les récits bibliques, elle n’a pas fait un bruit monstre : les journalistes n’avaient pas été convoqués, aucune photo n’a été prise, et les gens à Jérusalem même ou alentour n’en ont guère entendu parler sur les ondes. Je sais bien que saint Luc laisse entendre que « l’affaire Jésus » a fait du bruit, mais ce fut à l’occasion de sa condamnation et de sa mise à mort, non de sa résurrection : « Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! » (24,18), disent les pèlerins à Jésus. La Résurrection de Jésus, c’est une pierre roulée, et un tombeau vide, toutes choses qui n’ont guère troublé le silence ni les consciences de l’époque : « Vous direz ceci : ‘Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions’. » (Matthieu 28,13).

La Résurrection de Jésus est une rencontre qui parle d’abord au coeur, et au coeur attentif, ouvert. Telle est la confession des disciples d’Emmaüs, après qu’ils prennent conscience d’avoir accueilli à leur table Jésus ressuscité : « Et ils se dirent l’un à l’autre :  » Notre coeur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ?  » (Luc 24,32). Elle peut se traduire bien sûr dans une forme d’exultation, mais elle est d’abord cette confiance, cette assurance, que l’on veut immédiatement partager avec d’autres : « À cette heure même, ils partirent et s’en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons (…) Et eux de raconter ce qui s’était passé en chemin » (Luc 24,33.35).

Avaient-ils des gueules de ressuscités, ces disciples d’Emmaüs ? Peut-être, mais ils avaient surtout désormais des coeurs de ressuscités, animés par la charité. Jésus avait annoncé aux disciples qu’ils seraient reconnus de tous à partir de cette charité :  « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres  » (Jean 13,35). C’est ce dont les premiers chrétiens ont très vite fait l’expérience, et c’est bien là, dans cette charité, qu’autour d’eux on a reconnu le meilleur témoignage rendu à la Résurrection de Jésus : « La multitude des croyants n’avait qu’un coeur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun. Avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus » (Actes des Apôtres 4,32-33).

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