Marie, la croyante, l’orante, la résistante

Frères et sœurs, en ce dernier dimanche d’octobre, l’église de Terre Sainte fête Notre-Dame de Palestine, tout spécialement au sanctuaire de Deir Rafat. A la différence de nombreux sanctuaires mariaux, celui-ci ne commémore pas une quelconque apparition : construit en 1927, il marque simplement la consécration de cette Terre à la Vierge Marie. La Vierge n’y est donc pas représentée de manière particulière, avec tels vêtements ou un message spécifique : elle est présente par la volonté des hommes plus que par une intervention divine, et chacun se trouve libre de mettre l’accent qu’il veut pour cette fête.

Or, ce qui me frappe justement dans tout ce qui concerne la Vierge dans le monde, ce qui ressort d’ailleurs si bien des mystères du Rosaire, c’est cette présence multiple et diversifiée, qui lui permet de rassembler tant et tant de monde, qui lui permet d’être proche de tous : la multiplicité de ses apparitions ou présentations peut surprendre, voire choquer, mais elle me semble signe et volonté d’une présence auprès de chacun. Nos lectures de ce jour nous montrent d’ailleurs Marie sous plusieurs jours : dans la première, tirée des Actes des Apôtres, elle est celle qui prie au milieu de tous les disciples, l’orante ; dans la deuxième, tirée de l’Apocalypse, elle est celle qui, assaillie, fait face avec l’aide de Dieu, la résistante en quelque sorte ; et dans l’évangile enfin, elle est la croyante, celle qui est capable de soutenir et d’encourager tous ceux qui l’accueillent.

L’orante, la résistante, la croyante, voilà quelques traits de Marie bien appropriés pour le pays et les temps où nous vivons : ce sont aussi des traits qu’il nous faut savoir vivre, et nous pouvons prendre exemple sur Marie. Elle fut en priorité la croyante, parce que c’est là que tout commence, lorsque Dieu l’appelle et qu’elle répond : « qu’il me soit fait selon ta parole ». Elle croit. Accepter que toute sa vie soit modelée à chaque instant par la volonté de Dieu, par son projet d’amour sur nous, c’est quelque chose que nous souhaitons sans doute, ou que nous devrions souhaiter, mais que nous réalisons le plus souvent bien peu : les grands saints y parviennent peu à peu, Marie l’a parfaitement vécu dès sa conception, et c’est ainsi qu’elle nous est montrée lorsqu’elle est présente dans les évangiles, à l’Annonciation, à la Visitation, aux Noces de Cana, aux pieds de la Croix : humble, confiante, priante. Une telle attitude demande beaucoup de foi et le moins possible de soi.

La croyante fait l’orante. Puisqu’il s’agit de confier toute sa vie au Seigneur, comment le faire sans le rencontrer dans la prière ? Cette prière la fait tenir dans la tourmente au pied de la croix, elle nourrit aussi son espérance, et il n’est donc pas étonnant que nous retrouvions Marie au milieu des disciples au lendemain de la crucifixion. C’est le seul passage du Nouveau Testament où il nous est explicitement dit qu’elle priait, mais elle devait déjà le faire quand Luc nous dit qu’elle méditait toutes les choses concernant son fils en son cœur. La prière fut le cœur de la vie de Marie, et les peintres ne s’y sont pas trompés qui la représentent souvent à l’Annonciation dans une attitude de prière.

Et l’orante fait la résistante. Oh ! je ne parle pas d’abord de résistance politique, même si elle peut avoir sa place, je parle de cette volonté de mettre l’amour au cœur d’un monde qui, le plus souvent, n’en veut pas. Dans la mesure où elle se confie à Dieu à tout moment, Marie est comme tous les prophètes : elle ne comprend pas que l’on s’oppose à une volonté aussi aimante que celle de Dieu pour les hommes, elle invite tous ceux qui sont guidés par l’esprit du monde à changer leurs cœurs. Oh ! elle n’a pas fait de grands discours pour le dire, mais nous avons son cantique : « le Seigneur disperse les superbes, il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles ». Les prophètes n’ont jamais dit autre chose, ils l’ont dit plus souvent peut-être, mais pas plus fortement.

En ce jour, Marie, nous te confions nos cœurs, cette terre de Palestine où tu as vécu, ces hommes et femmes qui ont tant besoin d’amour et que tu as reçus de ton fils Jésus, lorsque tu t’es tenue au pied de la croix : que l’exemple que tu nous donnes stimule nos vies, que ton Fils soit enfin tout en tous comme il le fut en toi.

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