La passion des Hébronites

La Semaine sainte vient de commencer, et ce n’est sans doute pas un hasard si le mot Passion, sous sa double acception de « souffrance » et d’ « enthousiasme »,  me vient à l’esprit après la visite d’Hébron samedi dernier. Hébron est cette ville censée abriter les tombeaux des patriarches, Abraham et Sara, Isaac et Rebecca etc. Depuis 1967, et la prise de contrôle israélienne sur les Territoires occupés, ce site est devenu un lieu de confrontations terribles entre quelques centaines de colons et quelques dizaines de milliers de Palestiniens, chacun se disputant le contrôle des lieux « saints ». Forts de la puissance armée, les colons ont actuellement le dessus : on dit qu’ils sont 400, protégés par quelques milliers de soldats.

Je ne m’y attendais pas, mais le vieil Hébron est magnifique : le groupe de visiteurs dans lequel je me trouvais croyait retrouver quelque village ancien du sud de la France, avec ses ruelles étroites, ses maisons en hauteur, l’unité de son architecture. Le soleil n’était pas samedi de la partie, mais il doit rendre habituellement les lieux encore plus beaux. Malheureusement, le centre du vieil Hébron était presque vide : le soukh est largement déserté, les maisons abandonnées ou saccagées, voire brûlées… On nous dit que la population palestinienne, forte par le passé de 30.000 personnes  n’en compte plus que 4.000 environ. Quelle tristesse, en particulier dans les yeux de nos guides, des Palestiniens. Les Hébronites vivent une longue et douloureuse passion.

Mais parlons de ces guides, en particulier des quelques jeunes filles hébronites qui nous ont accompagné le plus clair de notre temps. Étudiantes en français et anglais à l’université d’Hébron, elles ont la passion de leur ville, elles étaient heureuses de nous en montrer les richesses : quelle joie de les avoir eues avec nous. On les sentait en même temps très blessées de la situation qui leur était faite : il faut imaginer la rue principale qui descend de la ville nouvelle à la ville ancienne, rebaptisée « rue des Martyrs », balisée de telle sorte que trois quarts de la chaussée sont réservés aux colons, un quart aux quelques Palestiniens qui osent s’aventurer jusqu’à elle. La rue est bordée de maisons vidées et de quelques écoles encore debout, protégées par d’épais grillages.

A Hébron, la passion ne se vit pas seulement une semaine par an ! Il faut avoir du souffle, sans doute celui de l’Esprit, pour ne pas désespérer et croire qu’une vraie paix s’établira un jour en ces lieux. Merci à ceux qui, courageusement, patiemment, font le pari d’un avenir radieux possible, en particulier les amis de l’association France-Hébron.

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