Sainte Trinité : Un Dieu de communion

Proverbes 8,22-31; Romains 5,1-5 ; Jean 16,12-15

Frères et sœurs, parler de la Sainte Trinité ne décourage pas seulement l’auditeur, mais souvent aussi le prédicateur : chacun à l’impression d’entrer dans une grotte où règne la plus grande obscurité. La Trinité, on veut bien, mais passons vite à quelque chose de plus accessible. Ce sentiment largement partagé provient sans doute de ce que l’on pense spontanément que la question trinitaire est une affaire compliquée et privée entre Dieu et Dieu, sans lien avec la vie des hommes : pourtant, les textes que nous venons d’entendre nous disent exactement l’inverse, à savoir que la vie trinitaire concerne chacun de nous…

Dans le texte des Proverbes, on découvre que la Sagesse, dans laquelle l’exégèse chrétienne reconnaît le Fils de Dieu, présidait à la Création, qu’elle « jouait sur toute la terre, et trouvait ses délices avec les fils des hommes » ; dans la lettre aux Romains, il est question de « l’amour de Dieu qui a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » ; enfin, dans l’évangile de Jean, Jésus nous dit de l’Esprit qu’il « reprendra ce qui vient de lui pour le faire connaître ». Pour le dire avec les mots d’aujourd’hui, il ressort que la vie trinitaire est une vaste entreprise de communication envers les hommes, et non pas simplement une histoire privée.

La raison en est finalement assez simple : elle tient au fait que la communication entre le Père, le Fils et l’Esprit, est un échange amoureux parfait, dans lequel chacun reçoit et donne en permanence, sans que rien ne soit superflu ni perdu. Les évangélistes ont tenté, chacun à leur manière, de rendre compte de cette communication, en montrant Jésus priant son Père, faisant à tout moment sa volonté, donnant l’Esprit aux apôtres, en évoquant l’unité des personnes ; le peintre d’icônes Andréi Roublov l’a montré autrement, dans sa fameuse illustration de l’hospitalité d’Abraham, ou chacune des trois figures présentes renvoie d’un geste de la main et d’un léger mouvement de visage vers l’autre.

Une aussi parfaite communication ne saurait être fermée sur elle-même : si elle n’est pas une communication défaillante, elle ne peut qu’intégrer de nouveaux entrants, s’il m’est permis de m’exprimer ainsi, et au premier chef l’homme lui-même. Voilà pourquoi, depuis le début de la création, l’homme est invité à entrer dans ce processus d’échange, qui n’est plus limité à Dieu dans son essence : comme le disent les Pères de l’Église par le moyen d’une formule bien connue, « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ».

Le grand mystère et la grande chance de la vie trinitaire pour les hommes n’est pas seulement qu’elle existe, mais que nous y avons part. Adam n’avait pas tort de vouloir devenir Dieu, il s’est seulement laissé abusé par le Tentateur, comme cela se produit sans cesse encore avec chacun de nous, sur le moyen d’y parvenir. En fait, dès lors que nous vivons de l’amour, dès lors que nous accueillons pleinement en nous le don de l’Esprit-Saint, dès lors que nous descendons résolument les degrés de l’humilité, alors nous sommes vraiment participants de cette vie divine. Pour le dire avec les mots de saint Paul dans la lettre aux Romains, nous avons « accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c’est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu ».

Frères et sœurs, la célébration de la Pâque et de l’Ascension nous a manifesté Jésus entrant dans la gloire de Dieu. La Pentecôte qui a suivi nous a fait le don du vrai principe de vie. Et La Trinité que nous célébrons aujourd’hui nous montre où nous conduit ce principe, vers la communion éternelle qui est en Dieu. Non pas pour un avenir incertain, mais dès aujourd’hui.

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