L’emmental ne deviendra jamais gruyère

Voilà, depuis le 27 septembre à Jérusalem il n’est question que de cela, le gel des constructions dans les colonies à pris fin, et les journaux nous montrent des explosions de joie chez les colons ! Pour l’étranger que je suis, fidèle lecteur du journal Haaretz, de ses articles et statistiques, auditeur attentif de tout ce qui se dit aussi dans les diverses alcôves consulaires quand cela m’est donné à entendre, ni joie ni peine, du moins par rapport à ce sujet précis du gel : il n’a jamais existé. Les statistiques abondent qui montrent que mes amis israéliens n’ont jamais vraiment joué le jeu, même au moment les plus positifs des « accords de paix » : toujours et encore, ils ont continué d’investir les territoires occupés. La meilleure preuve en est donnée dans des cartes (un journal français en publiait une ces jours-ci) qui montrent les implantations de colonies : elles trouent ces territoires occupés, qui ressemblent du coup à un fromage d’emmental (et non de gruyère qui, lui, n’a pas de trous) !

Ces temps-ci, on a donc parlé de gel qui a pris fin, comme dans le passé il fut question d’arrêt ou de modération de la colonisation : je comprends mes amis palestiniens, le gel sent le réchauffé, en vérité rien n’a changé, l’expansion a toujours continué. Il paraît qu’il ne faut pas le dire tout haut, alors que cela se dit souvent tout bas, mais s’agit tout simplement pour les Israéliens de créer un fait irréversible, qu’ils doivent ou non arriver un jour à une table de négociations. Avec déjà 300.000 colons présents dans tous ces trous de l’emmental (qu’on me pardonne cette image peu flatteuse, il est sûr que la Palestine mérite bien mieux, mais l’image m’est utile), quel pouvoir sera jamais assez fort, à supposer qu’il le veuille ce qui est plus que douteux, pour transformer l’emmental en gruyère, pour faire des territoires occupés un continuum gérable et gouvernable, pour en expulser les colons ou au moins la plus grande part d’entre eux ? C’est aujourd’hui impensable avec un gouvernement israélien pas même désireux, et encore moins capable, de prolonger un prétendu moratoire sur la colonisation : en vérité, la solution dite des deux États n’est depuis longtemps que poudre aux yeux.

Alors une solution à un État ? Quand je constate l’insistance mise par mes amis israéliens sur la dimension juive de cet État, qu’ils soient « pieux » ou non (il paraît que les « pieux », les Haredi, ne représentent que 10 à 15% de la population israélienne, contre plus de 40 % qui se déclarent laïcs), je me dis d’une part qu’ils sentent le danger, celui de devenir minoritaires « chez eux », et, d’autre part, que la plupart d’entre eux ne sont pas prêts à voisiner quotidiennement avec une population palestinienne qui aurait les mêmes droits qu’eux. Quant à mes amis palestiniens, même s’il paraît que beaucoup se « convertissent » à cette idée d’un État unique, ils s’interrogent avec raison sur les droits qui leur seront accordés et sur les vexations (le mot est faible) qui resteraient leur lot quotidien : ils préfèreraient eux aussi être « chez eux » et on les comprend.

Non vraiment, la distance est aujourd’hui si grande entre les deux populations qu’on les voit très très difficilement s’unir dans un seul ensemble. Une excellente preuve vient d’en être donnée par le ministre des affaires étrangères israélien qui ne propose rien moins que des transferts de population, permettant à chaque communauté de rester homogène : outre que le transfert serait paradoxalement celui des populations arabes, ce qui est un comble, l’idée n’est pas neuve, elle a déjà été plusieurs fois avancée, elle rappelle malheureusement certains moments très sombres de l’histoire européenne ou africaine…

La paix s’est-elle donc éloignée ? Dire ou écrire cela suppose que l’on sache où elle se situe, ce que je ne saurais absolument pas dire. Je fais seulement le constat d’une réelle impasse, que les conférences dites de paix ont bien du mal à cacher. Dans une telle situation, sans issue à vue humaine, le croyant que je suis ne peut que se tourner vers Dieu dont il attend… un miracle.

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