A l’occasion de la fête nationale

Homélie prononcée à l’église Sainte-Anne le 13 juillet, en présence du Consul général de France

Textes : Exode 3,1-6.9-12 et Matthieu 11,25-27

Monsieur le Consul général, chers amis,

Il m’a fallu attendre cette célébration, et la préparation de l’homélie que je vous livre maintenant, pour découvrir que j’étais mal informé sur la fête du 14 juillet en France : je pensais, sans doute comme beaucoup, qu’elle célébrait l’anniversaire de la prise de la Bastille en 1789, et je viens de découvrir qu’elle a été instituée en 1880 pour faire mémoire de la fête de la Fédération en 1790, autrement dit la fin de la monarchie absolue avec la prestation de serment du Roi sur la Constitution.

Je le devine et le comprends, certains parleront d’un simple subterfuge, pour éviter de se référer à un événement sanglant, mais vous me permettrez, dans le cadre de cette homélie, d’en rester à une certaine objectivité : admettons donc que la France fête d’abord et avant tout, le 14 juillet, la fin de la monarchie. Cela signifie qu’une autorité jusque-là absolue, le Roi, s’incline devant une autre autorité qui devient à son tour absolue, la Constitution : mais un tel changement montre en définitive le caractère relatif et non pas absolu de chacune de ces autorités. Chacune d’entre elles n’a que le poids de sa reconnaissance à un moment donné : ce n’est pas rien, ce peut même être très important et très utile à un moment ou pendant une période donnée, mais en tout état de cause, l’absolutisme mondain se montre relatif.

Mais alors, a-t-on vraiment besoin d’une telle autorité et, si oui, où existe-t-elle ? Je la crois absolument nécessaire, à la manière d’une boussole, pour nous orienter et nous guider dans un monde désorienté mais à condition qu’elle montre la voie et donne les moyens de la suivre. Une telle autorité n’est pas là où on pense généralement la trouver, autrement dit du côté des forts, des puissants ou de quelque guide de la Révolution que ce soit. Je viens de le rappeler, elle ne saurait être mondaine si elle veut être absolue, autrement dit toujours présente. La clé se trouve dans l’évangile que nous avons entendu, où Jésus commence ainsi : « Père, Seigneur du ciel et de la terre ». Lui se réfère à une autorité céleste et terrestre à la fois, autrement dit une autorité universelle et éternelle, celle de son Père : la voilà, la meilleure des boussoles, le voilà, lui, le véritable guide.

Reconnaissons que l’invitation de ce Père n’a jamais rencontré un immense succès, sans doute par volonté humaine d’indépendance, peut-être aussi par crainte de toute forme d’oppression, par exemple de tomber sous la coupe d’un gourou. Mais comprenons bien qu’il ne s’agit pas ici d’une autorité humaine, et comprenons bien surtout comment s’exerce cette autorité : elle s’adresse aux tout-petits, non pour les écraser, mais pour les élever, et telle est bien l’autorité d’un père. Dans la première lecture, tirée du livre de l’Exode, Dieu n’est pas celui qui domine et écrase, le Seigneur des armées tout-puissant de force comme la Bible le présente elle-même dans certaines circonstances, mais celui qui est avec son peuple, avec Moïse en particulier : « Je suis avec toi », dit Dieu à Moïse. L’un de mes frères dominicains disait fort justement que « Dieu ne nous attend pas au tournant, il le prend avec nous ».

L’histoire de l’apparition à Moïse dans le buisson ardent dit exactement cela : « le buisson brûlait sans se consumer ». Ce feu, c’est bien sûr celui de la présence de Dieu, et il ne consume pas, autrement dit il ne domine pas, ne terrasse pas, mais anime de l’intérieur, il donne du souffle et de l’éclat. Et l’évangile le rappelle aussi d’une autre manière : Dieu a n’a pas bousculé le monde en raison de son péché, il ne l’a pas détruit par un nouveau déluge, il est venu l’habiter dans une personne humaine : il a choisi de se manifester à travers un Fils auquel il s’est confié, entendons totalement remis. Ce fils est né près d’ici à Bethléem, reconnu par des hommes lointains ou d’humbles bergers. Voilà comment se manifeste la puissance de Dieu : dans l’humilité d’une crèche, pour la joie et le réconfort des tout-petits.

Ce qui était vrai une nuit d’hiver à Bethléem il y a deux mille ans, le reste encore aujourd’hui : le Seigneur du ciel et de la terre se manifeste toujours aux hommes comme un Père, pour soutenir et guider les petits. Aujourd’hui, il vient non comme un vent violent, mais comme une douce brise rafraîchissante, pour habituer les cœurs par son Esprit. Et c’est ainsi qu’il façonne, par une autorité universelle et toute naturelle, des prophètes, des martyrs, des artistes ou des hommes d’État, tous témoins d’une seule vérité : il n’y a pas pour notre monde de guide plus sûr vers la paix et la vie véritable que Dieu le Père, et le chemin est celui qu’a tracé pour nous son Fils Jésus.

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