Il y a urgence, mais il n’est jamais trop tard

Frères et sœurs, la lecture de la parabole des vierges sages et des vierges folles, comme on l’appelle habituellement, révèle une certaine ambiguïté : ne peut-on pas s’étonner en effet que les cinq vierges sages n’aient pas voulu partager leur huile, et qu’elles n’aient pas ensuite intercédé pour les cinq vierges folles restées en dehors de la salle des noces ? La charité semble ici oubliée. Si tel est le cas, nous devons comprendre qu’il existe une urgence encore plus grande que la charité, celle de la quête et de l’accueil de la sagesse. De cette sagesse dont nous parle d’abord la première lecture. Mais comment s’expliquer que cette urgence puisse primer sur la charité ?

Sg 6,12-16, Mt 25,1-13

Frères et sœurs, j’espère que vous avez déjà pris quelque distance avec la très banale exhortation « sois sage », autrement dit la recommandation adressée à l’enfant, éventuellement suivie d’une récompense. Parce qu’« être sage » dans la Bible est bien autre chose que se tenir dans son coin sans bouger.

Dans les temps anciens, les auteurs ont considéré comme sage celui qui se mettait en quête d’une sagesse, autrement dit qui cherchait et adoptait une règle de vie respectueuse de chacun pour son développement personnel et sa vie communautaire. Mais vous l’aurez remarqué, l’Ancien Testament, avec en particulier le livre de la Sagesse, va plus loin : la Sagesse ne se limite pas à un art de vivre, à un comportement, mais elle est une réalité quasi-humaine, une personne qui ne cesse d’aller à la rencontre de ceux qui la cherchent. Est sage alors celui qui cherche à aller au-devant d’elle, qui au moins se tient prêt pour la rencontrer.

Le Nouveau Testament franchit encore un pas de plus. Dans l’Ancien Testament, la Sagesse n’avait pas d’autre nom que celui qu’elle porte déjà, celui de Sagesse. Mais avec le Nouveau Testament, voilà qu’un nom propre, celui de Jésus, se trouve associé à celui de sagesse dans la première lettre de Paul aux Corinthiens : « Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu ». Jésus nous est donc présenté comme la sagesse personnifiée, celle qui vient à la rencontre de l’homme : vouloir être sage, c’est désormais accueillir Jésus, se mettre à son école, le suivre.

Revenons maintenant à notre remarque initiale : cette quête de la Sagesse doit-elle primer sur la charité ? Oui, précisément, parce que la charité est participation à la vie divine, à l’amour qui anime Jésus en profondeur et dont il est la source : il faut le rencontrer pour en vivre pleinement. Dès lors, si nous sommes loin lorsque Jésus vient à nous, même s’il s’agit  de nous préparer  à sa venue, eh ! bien nous manquons en quelque sorte la meilleure des occasions d’alimenter notre capacité d’amour, autrement dit notre charité.

La quête des vierges folles est donc ratée, elles arrivent trop tard, l’urgence est passée et la porte est fermée. Il faut l’admettre, cette situation est souvent aussi la nôtre : nous laissons passer Jésus sans le voir et nous amenuisons notre capacité d’aimer. Qu’allons-nous faire ? Désespérer ? Certainement pas. D’abord parce que même si chaque occasion de rencontrer Jésus est urgente, nous savons que celui-ci revient sans cesse à notre rencontre. Du coup, je me plais à imaginer une petite addition à la parabole, dans la ligne d’un autre passage du Nouveau Testament : « devant la porte fermée, les vierges folles ont donc frappé. Au début, elles ont entendu la voix de l’époux qui leur disait : ‘Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas’. C’était le milieu de la nuit. Mais elles ne se sont pas découragées et ont continué de frapper, avec quelque impudence. Et voici qu’au matin, la porte s’est ouverte, et l’époux leur a dit : « Entrez, car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe, on ouvrira ».

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