Les tentations de notre coeur

1er dimanche de Carême : Gn 9,8-15 ; Mc 1,12-15

Frères et sœurs, Matthieu et Luc développent abondamment le séjour de Jésus au désert et les Tentations qu’il y a connues, au point qu’il est possible d’y reconnaître une élaboration catéchétique beaucoup  plus qu’un rapport circonstancié : cette question ne se pose pas avec le récit parallèle de Marc, où le moins que l’on puisse dire est que la sobriété est de règle. Les faits et juste les faits serait-on tenté de dire : Jésus a été baptisé, il est conduit au désert où il est tenté, il part ensuite en Galilée.

Mais quand je vous dis « les faits et juste les faits », cela n’est pas tout à fait vrai pour au moins deux raisons : la mention des 40 jours, et celle des bêtes sauvages et des anges. La durée du séjour est certes la même chez Marc, Mathieu ou Luc, mais on devine, en pensant aux quarante ans passés par le peuple hébreu au désert, que ce chiffre a d’abord une valeur symbolique : il représente une longue durée, qui permet de faire une pleine expérience, et l’Église en a donc adopté le nombre pour le Carême.

40 jours au désert, c’est long : si d’autres y ont depuis suivi Jésus, et souvent pour des durées plus longues, il est clair que le désert doit avoir pour nous aujourd’hui une autre signification qu’un simple espace géographique. Certes, des déserts existent tout près d’ici, mais cela n’est pas le cas pour la plupart de ceux qui entendent aujourd’hui cet évangile : le désert doit donc se trouver ailleurs.  Puisqu’il s’agit d’un lieu où l’on n’a pas à affronter le regard des autres, où l’on est centré sur l’essentiel, où l’on envoie au diable les mondanités, les distractions vaines, nos cœurs pourraient bien représenter aujourd’hui ce désert que nous avons à affronter et dont nous nous tenons souvent à prudente distance.

La question se pose alors de savoir s’il est bon d’y revenir. La deuxième mention qui surprend dans notre évangile pourrait nous aider à répondre à cette question. Il y est fait état de bêtes sauvages et d’anges qui, manifestement et heureusement, ne jouent pas le même rôle : les premiers nous sont présentés comme les habitants traditionnels du désert, les seconds comme des serviteurs occasionnels. Comme chacun le sait, aucun désert n’est vraiment totalement désert, il est seulement inconnu, incertain, habité de créatures étonnantes qui ont su se faire à l’environnement : dans le désert duquel je vous parle aujourd’hui, notre cœur, les bêtes sauvages ont bien des chances d’être nos propres démons, ceux que l’on essaie de tenir à distance et qui reviennent avec d’autant plus de force que la place est un peu plus libre. Il est bon de les connaître, mais il serait totalement impossible de les affronter en pensant les vaincre si les anges n’étaient pas là pour nous seconder, si Jésus n’était pas déjà venu pour leur tenir tête et les vaincre. Je me souviens qu’un ami jésuite m’avait dit il y a fort longtemps : « seul Jésus est capable de se tenir en face du Tentateur sans succomber à ses artifices ».

Ce court évangile de Marc nous invite donc à venir au désert de notre cœur si souvent abandonné, à y affronter l’adversité. Nous allons y retrouver nos vieux démons, mais nous avons la possibilité de les vaincre : non par nos propres forces, bien insuffisantes, mais parce que le Seigneur est à nos côtés, parce que Dieu son père a dessiné un arc protecteur entre lui et nous, un arc qui n’est rien d’autre que Jésus lui-même. Dans ce désert, Jésus nous a précédés, il a même dressé la table, c’est là que nous allons pouvoir refaire nos forces avant de repartir annoncer notre libération par l’évangile dans toutes les Galilées du monde.

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