La nouveauté que Dieu fait

2 Corinthiens 5,17-21 ; Luc 15,1-3 ; 11-32

Frères et sœurs, l’apôtre Paul dans la deuxième lecture parle de créature nouvelle, mais avez-vous jamais souhaité en être ? J’imagine que beaucoup d’entre vous me répondront non, prétendant se contenter de ce qu’ils sont, mais est-ce bien la vérité ? Vous le savez, pour l’aspect extérieur, le corps, l’alimentation, la publicité ne cesse de jouer sur cette dimension de nouveauté et il me semble que nous nous y faisons souvent prendre ; pour l’aspect intérieur, qui ne voudrait être au moins un peu mieux que ce qu’il est, plus charitable, plus ouvert aux autres, moins nerveux, et je ne sais quoi encore ? Le discours de la nouveauté a donc de beaux jours devant lui, et nous y sommes sensibles, reconnaissons-le.

Mais il n’est pas facile de faire du neuf, surtout avec de l’ancien : je crois que nous ne cessons de le vérifier pour nous-mêmes. Notre nouveauté consiste le plus souvent à réparer, à cacher, à générer de l’illusion, mais pas vraiment à faire du neuf : j’en veux pour preuve des réflexions si courantes comme « on a toujours fait comme cela », ou bien encore « tu es toujours le ou la même ». Même nos inventions ne sont que d’autres manières de croiser des éléments existant entre eux : leur nouveauté est relative. En fait, les nouveautés que nous connaissons n’ont qu’un temps et elles passent très vite pour laisser la place à d’autres nouveautés, pas plus neuves que les précédentes à vrai dire.

Si nous nous demandons ce que peut être vraiment une nouveauté, nous devrions arriver à cette conclusion que n’est en fait vraiment neuf que ce qui est créé de rien : or Dieu seul sait faire cela, comme il l’a fait pour la création et l’a refait en ressuscitant Jésus. D’ailleurs, quand Paul parle aux Corinthiens d’être une créature nouvelle, il souligne que cela ne peut avoir lieu que dans le Christ Jésus. C’est cette nouveauté-là à laquelle nous aspirons ouvertement ou secrètement, c’est certainement celle à laquelle songe le fils prodigue.

Quelle est donc la difficulté de ce dernier ? Il a pensé se créer une nouvelle vie à partir de l’argent que lui a remis son père, mais il l’a dépensé en vain : la nouveauté n’était pas au bout de la route choisie, celle de la distance avec son père. Alors, il rentre en lui-même et réfléchit, comme nous sommes invités à le faire : où est-elle cette nouveauté sinon en son père, et plus précisément dans la reconnaissance de sa situation de fils et de la nouveauté qu’elle offre, à savoir les ressources infinies de l’amour de Dieu, la réconciliation avec tous, la solidarité, la charité ? Cette fois-ci, il ne se trompe pas, et il accède alors à une vie vraiment nouvelle : « mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ». Pour son frère aîné, en revanche, rien de tel : celui-ci n’est fils que théoriquement, mais en vérité, il se met au niveau des serviteurs (« je suis à ton service ») et ne sait toujours pas appeler Père ce père auprès duquel il vit depuis tant d’années… Pour lui le fils, c’est l’autre, comme en témoigne sa parole dédaigneuse : « ton fils que voilà ».

Frères et sœurs, nous sommes en route vers Pâques, qui approche rapidement. Nous voudrions sans doute bien que quelque chose change, en nous et autour de nous, que le changement, comme le disent certains, ce soit maintenant. Alors, n’allons pas chercher la nouveauté là où elle n’est pas. Elle se trouve dans une compréhension renouvelée de notre condition humaine : rentrons en nous-mêmes pour y reconnaître l’image de Jésus-Christ, reconnaissons qu’en lui tout est possible et neuf. Et si nous nous sommes éloignés de notre Père, si nous traversons un désert, si nous avons peut-être accueilli d’autres mannes que celle que nous propose le Père, sachons qu’en Jésus-Christ nous sont offerts les produits d’une terre nouvelle. En lui, le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est né. Ah ! comme il serait beau d’entendre notre Père dire de chacun de nous : « mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ».

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