L’anonymat des blogs

Par formation (plutôt scientifique), j’ai toujours pensé qu’il était important de signer ses écrits : afin que les contradicteurs éventuels sachent qui parle et, comme on dit parfois, « d’où » il parle (autrement dit, du sommet d’un savoir ou d’une ignorance). Et j’ai continué de le penser et d’agir en conséquence lorsque j’ai commencé à investir le média Internet il y a plus de vingt ans maintenant…

C’est donc une relative surprise pour moi de constater, non pas que des jeunes qui « chattent »‘ ou des gens qui écrivent dans les courriers des lecteurs s’abritent derrière des pseudos, ni même que de nombreux blogs ne soient pas signés, ou le soient de manière que leur auteur ne soit pas reconnaissable, mais que celui-ci revendique cet anonymat. Tel est par exemple le cas de « la connectrice » (http://laconnectrice.wordpress.com), qui explique dans son « qui suis-je » vouloir être jugée non sur ce qu’elle est, ou sur ce que l’on pourrait croire qu’elle est, mais sur ce qu’elle écrit. Autrement dit, l’anonymat est ici revendiqué comme un gage d’objectivité.

A bien y réfléchir, il me semble de fait que l’anonymat se justifie dans un certain nombre de cas. Il faut reconnaître que notre monde actuel ouvre de multiples possibilités aux gens de s’exprimer : je ne m’en plains pas, repensant sans cesse à cet ami irakien qui, au lendemain que ce qu’on pensait alors être la libération de son pays, s’enthousiasmait des nouvelles possibilités de parole offertes à ses concitoyens.

Mais il faut aussitôt ajouter que cette efflorescence génère de la jungle plutôt que des jardins à la française (ou à ce qu’on voudra) : le meilleur y côtoie le pire, la logorrhée est souvent de mise, les insultes fusent à tout bout de champ. Rares sont donc aujourd’hui les blogs qui ne pratiquent pas une forme de régulation : on parle généralement de « modération », ce qui dit bien les risques encourus, mais aussi « borde » l’anonymat.

Ce qui ressort, c’est à la manière de la démocratie qui ne se décrète pas, le débat qui est d’autant plus difficile qu’il est public, est une réalité qui s’apprend, qui se travaille : il faut savoir accueillir un argument, le lire, accepter qu’il révèle des insuffisances voire des failles dans nos manières d’être, de penser ou de raisonner. La qualité d’un débat se mesure souvent aux faiblesses des arguments que les protagonistes assument et dont ils acceptent justement de débattre, beaucoup plus rarement à la force de leurs propos.

Nous en sommes loin, et tant qu’il n’en sera pas ainsi, je comprends que certains préfèrent un anonymat protecteur. Surtout s’il s’agit d’exprimer une opinion, beaucoup plus qu’une vérité : à cet égard, il est intéressant de remarquer que « la connectrice » accepte de corriger certains éléments de son blog (remarques en rouge), en fonction de nouvelles lectures, de nouvelles opinions reçues. Tiens, ne s’agit-il pas là d’une « modération » qui vient elle aussi « border’ l’anonymat ?

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