La bonne part est l’écoute de la parole de Dieu (à propos de Luc 10, 38-42)

Frères et sœurs, l’évangile de Marthe et Marie fait partie de ces évangiles courts et connus, peut-être d’autant plus connus qu’il est court, dont il paraît difficile de dire quelque chose de neuf. Il a été souvent utilisé pour justifier la vie religieuse, en exaltant Marie, ou à l’inverse pour rappeler l’importance des tâches domestiques, en tentant de justifier Marthe. Mais ce sont là des lectures dérivées, dont je doute qu’elles aient été au cœur des propos de Jésus : si l’on s’en tient à l’évangile lui-même, ou si on le lit en tenant compte de la première lecture qui nous a été proposée aujourd’hui, l’intention est autre.

Il suffit pour le comprendre de se demander ce que fait Marie : l’évangile nous dit qu’elle écoutait la parole de Jésus. N’allons pas plus loin : c’est sans aucun doute l’intention de l’évangéliste et de Jésus lui-même que de rappeler l’importance de cette écoute. Surtout lorsqu’on sait que l’écoute est une dimension essentielle de la piété juive, dans laquelle on commence chaque jour sa prière par ces mots : « écoute Israël ». Les psychanalystes l’ont fait remarquer depuis longtemps, si l’on écoutait mieux et plus souvent, on éviterait bien des mal-entendus, et peut-être aussi d’ailleurs le recours aux psychanalystes : ce qui est vrai dans notre rapport aux hommes, mais aussi dans notre rapport à Dieu. Nous ne nous écoutons pas assez les uns les autres, nous n’écoutons pas Dieu, nous projetons facilement sur les autres et sur Dieu nos angoisses, nos incertitudes, parce que nous sommes sur la défensive, et nous les construisons à notre image, au lieu de les accueillir comme ils sont.

Marie a donc choisi l’écoute de la parole de Jésus, et ce n’est pas une chose facile : je me demande d’ailleurs combien de fois vous avez procédé à une telle écoute ce mois-ci ou le mois dernier…. Et si on lit maintenant cet évangile en lien avec la première lecture, l’accueil des hôtes par Abraham, on comprend que cette écoute exige une disponibilité qui permet d’accueillir l’inattendu de Dieu. Comment donc nous est présenté Abraham ? Il est facile de dire : « c’est un homme du désert qui pratique l’hospitalité classique des habitants de ces contrées ». C’est vrai, mais est-ce seulement de cela qu’il s’agit ? Le narrateur nous dit qu’Abraham se tenait à l’entrée de sa tente, qu’il offre à ses hôtes de la nourriture, mais aussi le repos, sous un arbre providentiel, un chêne dit-on, que l’on montre encore aujourd’hui à Mambré aux touristes. Il écoute dans le silence du désert, à l’ombre d’un arbre inattendu qui donne le repos et fait penser à l’arbre de vie du Paradis. Abraham en fait est un homme à l’écoute, un veilleur qui, grâce à sa veille, peut voir venir ses hôtes, leur être totalement présent et les mener au Paradis.

Marie a choisi la bonne part, car le texte original grec ne dit pas « meilleure », et il semble bien que cette part consiste à veiller aux pieds de Jésus. Abraham a donc fait pratiquement de même, sauf que lui, sans trop le savoir, a veillé aux pieds même de Dieu. Avec le narrateur de la Genèse, nous apprenons ce qui en résulte : une naissance, autrement dit une vie nouvelle reçue de Dieu. Voilà précisément ce que nous trouverons nous aussi en veillant à notre tour aux pieds de Jésus, en nous mettant à son écoute : non pas une débauche de bruits, de mouvements, de questions, d’inquiétudes, comme notre monde sait si bien en produire comme nous le faisons aussi, mais cette vie éternelle déjà présente, déjà donnée, dans laquelle tout vient à point nommé et trouve sa juste place. C’est la bonne part, le repos en Dieu dans son Paradis.

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