Questions pour un champion

A propos d’Ex 22,20-26 et Mt 22,34-40

Frères et sœurs, l’évangile de ce jour s’inscrit dans une série que l’on pourrait baptiser « Questions pour un champion » : après avoir fermé la bouche des Sadduccéens et avoir gagné le droit de continuer dans l’émission, Jésus remet donc aujourd’hui son titre en jeu face à un docteur de la Loi du parti des pharisiens. On aurait pu s’attendre à ce que ce soit Jésus qui questionne le docteur en question, mais il n’en est rien : le vrai docteur, le champion du quizz biblique, c’est Jésus, qualifié du titre de Maître et invité à répondre à la question du jour sur le grand commandement. Non pas le plus grand, ni le premier, ou du moins pas encore, mais le grand commandement, au singulier. Mais que se passe-t-il aujourd’hui avec notre champion ? Ne saurait-il pas compter ? Voilà qu’à la question sur UN, il répond DEUX tout en laissant entendre qu’il s’agit d’UN.

Frères et sœurs, vous l’avez peut-être deviné, c’est justement là que Jésus innove et se montre un vrai champion, tout proche de Dieu lui-même dont le psalmiste disait : « une chose que Dieu a dite, deux que j’ai entendues ». Dans un premier temps, Jésus rappelle donc qu’il faut aimer Dieu et qu’il faut aimer son prochain, exigences banales. Quoi qu’on dise ou lise parfois, il n’y a là aucune nouveauté chrétienne : la requête de l’amour de Dieu se trouve exprimée on ne peut plus clairement en Dt 6,5 (« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir »), et celle de l’amour du prochain figure en Lv 19,18 (« Tu aimeras ton prochain comme toi-même »). Non, la nouveauté se situe dans cette liberté que Jésus, en véritable maître de la Loi, prend et qui consiste à lier les deux requêtes au point de les dire « semblables ».

Semblables ? Voilà un terme souvent mal compris, comme si le fait d’aimer Dieu dispensait d’aimer son prochain, ou inversement comme si aimer son prochain dispensait d’aimer Dieu. Il n’en est rien et saint Jean, dans sa première lettre, avait déjà corrigé le tir en rappelant qu’il s’agissait de requêtes indépendantes mais dont l’une ne va pas sans l’autre : « Si quelqu’un dit : ‘J’aime Dieu’ et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas » (4,20). Il faut aimer Dieu et son prochain parce qu’il s’agit du même mouvement, du même amour, ce fameux agapê grec dont vous avez tous sans doute entendu parler et qui est celui qui anime les personnes de la Trinité.

Cet amour-là se donne en mesures remplies, tassées, débordantes, et surtout de manière très concrète. Il ne suffit pas, frères et sœurs, d’aimer l’homme en général, mais bien cet homme-là que je ne veux pas voir, l’immigré, ce voyageur de l’espérance comme le nomme admirablement la communauté Sant’Egidio, celui-là qui me dérange et qui n’a pourtant pas quitté son pays sans raison, la veuve et l’orphelin sur lesquels pèse la solitude, les pauvres qui n’ont que leurs yeux pour pleurer. Et tant d’autres, là, à côté de moi, que je vois sans les voir. Et il ne s’agit pas non plus d’aimer Dieu en général, mais ce Dieu-là qui, en Jésus, s’est livré pour moi, celui-là qui m’invite à donner ma vie en pure gratuité.

Frères et sœurs, je vous entends déjà vous plaindre : « cet amour-là, c’est très beau, mais ce n’est pas pour moi. Trop dur ! » Réaction bien compréhensible s’il s’agissait de l’amour dont vous êtes capables, mais tel n’est pas du tout le cas : je vous l’ai dit, c’est l’amour qui se vit au cœur de la Trinité, un amour qui nous est sans cesse généreusement proposé et que nous pouvons recevoir de cette Trinité à condition de le lui demander et d’ouvrir nos cœurs sans crainte. Je repense à cette injonction des années 68, si décriée depuis : « Soyez réaliste, demandez l’impossible », oui, l’impossible, cet agapê dont je vous parle.

Finalement, frères et sœurs, il n’y a bien qu’un seul amour, le candidat Jésus avait raison, il a gagné et nous le retrouverons donc pour la prochaine édition dominicale de notre émission vedette, Questions pour un champion ! Mais j’ai une bonne nouvelle pour vous : dans l’intervalle, il reste à votre disposition pour répondre à toutes vos questions sur la loi de Dieu et la vie des hommes. Il vous suffit de faire une recherche en ligne sur les mots « Nouveau Testament » ou encore « Jésus » !

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