Le sang de l’alliance (Exode 24,3-8 ; Hébreux 9,11-15 ; Marc 14,12-16.22-26)

Pour la fête du Saint-Sacrement 

agneauFrères et sœurs, le récit de la dernière Cène que nous venons d’entendre nous reconduit en arrière, au Jeudi-Saint : c’est bien à ce moment-là en effet que Jésus donne à ses disciples son corps et son sang en mémorial, et la fête d’aujourd’hui en est un rappel pour mieux comprendre le don qui nous a été fait et qui sera renouvelé tout à l’heure. Aujourd’hui, du fait du livre de l’Exode comme de la lettre aux Hébreux, on peut noter une insistance particulière sur l’aspersion de sang alors que le Jeudi-Saint, du fait de l’absence de ces deux lectures et de l’adoration du Saint-Sacrement qui suit, l’insistance porte plutôt sur le corps. Je ne suis pas du tout sûr que cette insistance sur le sang soit en phase avec nos sensibilités, mais il importe pour cette raison de la comprendre. À l’époque et aujourd’hui encore, le sang est la vie (que l’on pense aux campagnes du « don du sang »), mais on ne le répand pas indûment. Mais alors, n’y a-t-il pas une contradiction à en faire des aspersions ? Trois raisons expliquent ces rituels et la place qu’ils donnent au sang répandu.

La première concerne l’alliance que Dieu veut établir avec son peuple. Vous savez bien que, pour dire que deux personnes sont profondément unies, on dit parfois qu’elles sont « de même sang », et vous connaissez cet usage qui consiste à échanger quelques gouttes de sang pour marquer l’amitié entre deux personnes : cela peut nous surprendre ou nous choquer, mais il n’y a de véritable alliance que celle qui va jusqu’à donner son sang pour son allié. Le sang répandu marque la force de l’alliance.

La deuxième raison se trouve dans la nature des sacrifices. Vous avez tous entendu parler des sacrifices humains offerts dans le monde inca, mais, dans ceux de l’ancienne alliance, le sang répandu était celui d’animaux, et il prenait justement la place du sang humain : c’était en quelque sorte du sang humain par défaut car Dieu ne se plaît pas au sang répandu par les hommes.

Mais alors, pourquoi Jésus verse-t-il son sang, ne s’agit-il pas d’un retour en arrière vers les sacrifices humains ? C’est ici qu’il faut prendre en compte une troisième raison, qui a trait au sang versé par Jésus. Rappelons-nous donc que Jésus n’a rien du kamikaze, qu’il ne s’est pas voulu d’emblée martyre de la cause chrétienne : à plusieurs reprises auparavant dans l’évangile, Jésus quitte Jérusalem lorsque le danger menace. En fait, Jésus n’a donné sa vie que lorsqu’on a vraiment voulu la lui prendre. Mais, comme le souligne la lettre aux Hébreux, en donnant sa vie par fidélité à Dieu et à la mission reçue de lui, dans une totale innocence que la Bible aime à rattacher à la figure de l’agneau, il a vaincu la mort qui n’avait pas de prise sur lui et mis fin à tous les sacrifices réparateurs : Dieu et les hommes ne peuvent recevoir plus qu’ils n’ont reçu de Jésus, et désormais, c’est par l’amour donné et non plus par le sang versé que l’on répare le tort fait par autrui.

Du sang, nous devons donc passer à l’amour et c’est sans doute la raison pour laquelle l’évangéliste Jean ne rapporte pas la dernière Cène, mais la remplace par le lavement des pieds : il nous montre ainsi que c’est en nous mettant humblement au service les uns des autres que l’on donne sa vie.

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