laudato si

Hymne à la vie

Quel lien entre les deux livres ci-dessous ?

laudato si Avant-dernière chanceA priori, aucun, sinon le fait de les avoir lus à peu près au même moment, et d’avoir été marqué par l’un et l’autre. Était-ce suffisant pour les rapprocher ? Certainement pas, les deux critères sont trop subjectifs et n’intéressent personne. L’un est une somme, de grande portée et qui ne passera pas, l’autre un coup de cœur, qui s’oubliera peut-être assez vite.

J’ai donc mis quelque temps à comprendre pourquoi je voyais un lien entre eux : au même titre que les deux ouvrages d’Anne-Dauphine Julliand, Deux petits pas sur le sable mouillé, et Une journée particulière, déjà évoqués dans un autre article, ils sont tous deux, dans un monde où règne en maître la culture de mort et la vanité, un hymne à la vie. A la vraie vie, avec ses joies et ses peines, ses heurs et malheurs. Sans rien de mièvre, bien au contraire.

Même si certains critiques en ont jugé autrement, et semblent avoir été suivis par l’éditeur qui publie le livre à destination des jeunes, le premier roman de Caroline Vermalle, L’avant-dernière chance, déjà un vieil ouvrage puisque publié en 2009, s’adresse à tous : il est pour moi un miracle de finesse et de douceur, d’humour et de gravité, sur la question du rapport entre générations, du temps qui passe, de l’importance des contacts, même fugitifs, etc. Oui, à partir de la relation aux autres, un magnifique hymne à la vie.

L’encyclique Laudato Si du pape François est elle toute récente puisque publiée en juin 2015. On sait qu’elle est apparue à beaucoup comme une météorite, venue d’un ciel inattendu ; et en tombant, elle a déclenché une bourrasque médiatique dont on pourra trouver bien des échos aux Assises chrétiennes de l’écologie, tenues fin août 2015 à Saint-Etienne, en particulier dans les propos de Patrice de Plunkett à écouter sur cette vidéo. On y entendra aussi le Père Dominique Lang, assomptionniste, assistant de Pax Christi, qui multiplie les fines remarques : après avoir évoqué le pessimisme de nombreux chrétiens quant à leur action face aux grands trusts économico-financiers, il rappelle le succès de David contre Goliath, illustré par exemple à ses yeux en 1989 par la chute du mur de Berlin. La fragilité du chrétien a toujours fait sa force (cf. 2 Corinthiens 12), mais il faut parfois des années, des générations pour que celle-ci se manifeste : la mesure du temps est particulière en christianisme.

Mais revenons à l’encyclique, qui tisse des liens entre toutes nos relations, qui remet le monde à la portée de l’homme, et dont la dimension prophétique me paraît déjà totalement évidente. On sait qu’elle présente et promeut une écologie globale, holistique comme on dit, intégrant toutes les dimensions de notre maison commune, aussi bien humaines qu’économiques ou sociales, et manifestant leurs interactions. Même s’il prétend parler aux hommes de bonne volonté et non pas seulement aux chrétiens, le pape François fait le bonheur de ces derniers : dans ce monumental traité d’écologie en effet, si ses préconisations sont mises en oeuvre, l’homme retrouve sa pleine dimension humano-divine. Et c’est donc bien d’un hymne et d’un appel à la vie, à la vraie vie, dont il s’agit.

J’ajoute un point important en guise d’hommage. Pour ceux qui ont lu et apprécié les travaux prophétiques de précurseurs que furent par exemple ceux de Jacques Ellul sur la société technicienne et ses impasses (voir mon article sur ce blog), ou de Jean Bastaire évoqué dans la vidéo,  Laudato Si n’est en rien une météorite, mais bien un accomplissement. Et plus encore, espérons-le, un point de départ et un stimulus pour la transformation de notre monde, afin de le rendre moins désespérant, en tout cas plus juste et donc moins violent, que celui dans lequel nous vivons aujourd’hui.