La mort à tout bout de champ

Cimetière« Mort, où est-elle ta victoire ? » Ce verset biblique bien connu, tiré de la première lettre aux Corinthiens (15,55), est de ceux que l’on cite volontiers aux alentours de Pâques et qui semble hors de propos à l’approche de Noël, où l’on souhaiterait plutôt entendre ce verset que j’évoquais dans un précédent billet « Justice et paix s’embrassent » (Psaume 85,11). Mais c’est bien la mort qui se fait remarquer en France ou ailleurs : avec les attentats de novembre à Paris, avec les exactions de Boko Haram au Nigéria ou au Cameroun, avec les luttes intestines en Centrafrique, avec les massacres perpétrés par l’État islamique ou dans les geôles de Bachar el Assad etc. Les morts se comptent aujourd’hui par milliers, par dizaines de milliers, par centaines de milliers : au point que les chiffres n’émeuvent plus personne.

Terrible. Terrible pour ceux qui ont tout perdu, qui ne sortent plus de chez eux, qui s’enterrent pour échapper aux bombes, aux attentats sur les marchés, qui n’ont nulle part où aller. . Et qui n’ont jamais rien demandé d’autre que de vivre en paix, avec leurs familles, leurs amis, leurs coreligionnaires ou même ceux qui ne partagent pas leur religion.

Tout cela pour quoi, pour qui ? Le savent-ils toujours les maîtres de la guerre ? Pour imposer une religion, pour s’emparer d’une terre fertile, pour jouir de nouveaux avantages économiques ? Rien de moins sûr. La guerre n’apporte quelque « bénéfice » qu’aux vendeurs d’armes, rien ou presque à ceux qui la font et rien non plus bien sûr à ceux qui la subissent.

Dans un article paru ce jour dans le Figaro, un journaliste évoquant la guerre en Ukraine titre « Voyage en Absurdie« . Il y montre en particulier comment on s’est battu pour un aéroport qui n’est plus maintenant que ruines, celui de Donetsk, pour un monticule symbolique sur lequel ne restent aujourd’hui que quelques croix, pour rien en fait : l’économie régionale est anéantie, les populations appauvries, les paysages saccagés. Qui a gagné quoi ? La mort à tout bout de champ. Folie des hommes. Absurdie.

S’il est un sens à la venue au monde du Fils de Dieu, ce doit être justement de donner un sens à ce monde qui en manque ou n’en a plus. Une direction et une signification : mise en place d’un monde nouveau, dans l’amour fraternel. Folie ? Absurdie ? Ce qui serait folie ou absurdité serait d’y renoncer, de ne pas le vouloir, de ne pas y croire et de laisser le monde à lui-même, tel « un grand cimetière sous la lune » (G. Bernanos).

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