La pauvreté du pécheur (Si 35, 15b-17.20-22a et Lc 18,9-14)

Matthieu par Le CaravageFrères et sœurs, vous venez d’entendre dans la première lecture une très bonne nouvelle : « la prière du pauvre traverse les nuées ». Je ne vais pas ce soir commenter cette phrase en vous parlant de la prière, dont on vous a souvent parlé, mais plutôt m’expliquer sur ce qu’est le pauvre, et sur l’écoute que Dieu lui accorde.

Qui est-il ce pauvre ? Le livre du Siracide, parfaitement en phase avec la tradition constante de l’Ancien Testament, y reconnaît en particulier, outre l’opprimé, réalité très vague, la veuve et l’orphelin, autrement dit deux figures emblématiques de l’absence du père : dans la société très patriarcale de l’époque, cette absence était très pénalisante, et il n’est pas sûr qu’elle le soit vraiment moins aujourd’hui, si j’en juge par les veuves ou les orphelins que je connais. Il est certain que cette pauvreté avait un caractère financier, mais il me semble que leur caractéristique commune, et c’est encore plus vrai de nos jours, était un manque affectif plutôt qu’un manque pécuniaire. Je me souviendrai toujours d’une amie veuve me confiant : « tu sais, maintenant, je ne suis que très rarement invitée pour un repas ! » Elle m’avouait une forme de solitude très proche de celle qu’évoque Paul écrivant à Timothée : même si Dieu l’assiste dans son épreuve, l’apôtre rappelle que « tous l’ont abandonné ». Voilà une vraie pauvreté, mais il s’en trouve une autre.

Regardons du côté du publicain, un de ces collecteurs d’impôts qui avaient l’habitude de prélever plus que leur quote-part sur les sommes versés : avec lui, nous sommes face à un homme riche des exactions qu’il commet, n’évoquant aucun manque affectif, qui ne rapporte aucune épreuve particulière comme le fait Paul, et que pourtant le Seigneur exauce. Où peut se trouver sa pauvreté sinon dans ce péché, qu’il avoue sans que la nature de celui-ci nous soit révélée : a-t-il fait une entourloupe, regrette-t-il sa situation d’exploitant des pauvres, nous n’en savons rien. La seule chose que l’on sache de ce publicain est qu’il est pécheur, un pécheur avoué et confessant, dont la prière traverse aussi les nuées.

Et voilà qui est extrêmement important pour chacun de nous : nous ne sommes peut-être ni opprimé, ni veuf ou veuve, ni orphelin, ni plongé dans une épreuve particulière, mais nous avons certainement des raisons de nous reconnaître pécheurs. Et c’est tellement important pour notre prière que c’est par là que l’Église nous invite à commencer chaque eucharistie : non par misérabilisme, mais pour que la prière qui va suivre notre aveu « traverse les nuées ».

Frères et sœurs, comprenez bien ce qui nous est dit ici : le péché peut bien ne pas nous toucher affectivement ou pécuniairement, il n’en reste pas moins une pauvreté, sans doute parce qu’il constitue, que nous en ayons conscience ou non, une forme de solitude. Il nous coupe en effet de Dieu et de nos frères, il nous isole, il resserre le canal de la grâce. Rien ne peut guérir cette pauvreté-là, sinon la miséricorde divine, au travers du pardon et d’un amour renouvelé : c’est la force du publicain de l’avoir compris et de se tourner vers Dieu.

À l’image de ce publicain, et comme une confirmation, pensez au fameux fils prodigue qui ne dit rien d’autre à son père que « J’ai péché contre le ciel et contre toi ». Et le Père, figure divine, lui ouvre ses bras, la prière du fils repentant a traversé les nuées. Publicain ou fils prodigue, pécheurs avoués et confessant, ils sont un exemple pour chacun de nous.

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