Éloge de la fragilité

fragilitéBeaucoup de mes lecteurs ont sans doute entendu parler du livre Éloge de la faiblesse, écrit par un auteur rencontré à plusieurs reprises à Jérusalem, Alexandre Jollien : dans ce premier livre, l’auteur fait évidemment référence à son handicap, qui constitue une « faiblesse », au moins à certains égards. Parler de la fragilité, ce n’est pas exactement la même chose, même si le grec du Nouveau Testament ne connaît pratiquement qu’une seule famille de mots, autour de ce qu’on peut traduire par « asthénie ». Pour les besoins de cet article, je vais parler plutôt de fragilité, une réalité qui ne concerne pas seulement les handicapés, mais en fait tout être humain : nous le savons bien et le disons parfois, « nous avons nos fragilités ».

Ces fragilités sont de plusieurs ordres : handicap peut-être, mais aussi difficultés à s’exprimer, manque de confiance en soi, ou même repli sur soi, tendance à se comparer,  etc. Les évoquer revient pratiquement à recenser tous nos manques, toutes nos imperfections, et, pour celui qui voit juste, elles sont toujours nombreuses. Pendant le temps de la jeunesse, on cherche à les cacher ; et quand vient la vieillesse, de date toujours très incertaine, elles se dévoilent inexorablement, souvent quoi qu’on fasse : dans l’intervalle, l’âge adulte devrait consister à les assumer. Mais ce n’est pas toujours facile, surtout si elles semblent nous fermer des portes que l’on aurait bien voulu franchir.

Et c’est bien dommage. Je l’avais écrit dans un autre article de ce blog, une porte qui se ferme, et que l’on accepte de voir se fermer, c’est souvent une autre porte qui s’ouvre. Accepter ses manques conduit déjà à reconnaître que l’on n’est pas que manque, à rejeter cette fausse idée, portée hélas douloureusement par certains, que « nul bien n’habite en moi » (Rm 7,18, passage a priori ambigu, mais qui s’applique à la volonté « charnelle » de l’homme et ne représente pas un jugement global de valeur). Mais c’est surtout, dans une optique chrétienne, permettre au Seigneur de venir faire sa demeure chez nous (Jn 14,23) : mais oui, il a besoin qu’on lui fasse un peu de place, qu’il prendra dans les fragilités ou manques de nos vies parce qu’il ne s’impose jamais.

Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi un saint Paul, encore lui, peut écrire en 2 Co 12, 9-10 :  » « La puissance [de Dieu] se déploie dans la faiblesse. » C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». Aucun masochisme dans de tels propos, qui s’appliquent dans la rencontre avec le Christ, mais aussi avec tous les frères humains. Regardez ceux qui ont traversé la grande épreuve, quelle qu’elle soit : voyez comment ils deviennent infiniment plus accessibles qu’auparavant, comment ils tissent des liens nouveaux et solides avec leurs frères, et comment finalement ils parviennent à rendre grâce pour l’épreuve traversée. Car c’est là, avec saint Paul, qu’ils ont trouvé leur vraie joie et la trouvent encore.

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