Cherchant qui dévorer

Illusionniste

IllusionnisteIllusionniste, mais lequel ? Chacun a sans doute sa réponse. Mais le premier illusionniste, au moins dans la Bible, c’est le Tentateur. On le voit à l’oeuvre au chapitre 3 de la Genèse, sous la forme du serpent, posant à Adam et Ève quelques questions faussement banales et ingénues pour les conduire à mettre le commandement de Dieu à distance. Entre-temps, il leur a promis monts et merveilles, le mirage de devenir, par leurs propres moyens ou par ses moyens à lui, « comme des dieux » (Gn 3,5), une promesse à laquelle beaucoup de nos contemporains croient encore et qu’ils s’efforcent de mettre en oeuvre par la force, au prix de millions de morts ignorant la « bonne nouvelle » du salut par Satan ou récalcitrants…

Dans la liturgie catholique de Carême, les disciples sont eux avertis dès le premier dimanche, par l’évangile des Tentations de Jésus au désert, que toute promesse du Tentateur, prétendument appuyée sur l’Ecriture, est vaine et non avenue : en réalité, le Tentateur n’a pas les moyens de ses promesses, car « tout est au Christ, et le Christ est à Dieu » (1 Co 3,23). La bonne nouvelle est là, auprès du Christ, en Christ où nous sommes renouvelés, et non dans les propos de l’Illusionniste !

Par les temps qui courent, face à un monde ancien qui se brise pour que surgisse un monde nouveau que nul ne connaît encore vraiment, ni dans sa structure, ni dans son contenu, l’Illusionniste est là, « cherchant qui dévorer » (1 P 5,8) : les promesses se multiplient pour assurer un avenir chatoyant que personne en vérité ne connaît. Il se trouve bien ici et là quelques prophètes de malheur ramant en sens contraire du courant dominant, qui parlent au plan politique d’une nécessaire décroissance ou d’un meilleur partage, au plan spirituel d’une église « pauvre, qui redeviendra l’Église des nécessiteux » (Benoît XVI) ; mais ils sont minoritaires face à ceux qui continuent à croire à l’idéologie du progrès ou qui se disent « mangeons et buvons car demain nous mourrons » (1 Co 15,32). 

Faut-il alors crier au « tous pourris », se retirer dans sa tour d’ivoire, abandonner le champ du politique ou celui du spirituel ? En aucun, tout se joue là. Non pas tant « sous nos yeux » de chair, pauvres de discernement, si sensibles aux apparences, mais sous les yeux d’un Dieu qui continue de semer les graines de la charité et de l’amour par les mains de ses serviteurs, la plupart inconnus. Autre est le semeur, autre le moissonneur (Jn 4,37) : un jour, justice sera rendue aux premiers par les seconds.  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.