En passant par Maurice, premières impressions

On dit parfois des visiteurs qui viennent passer une semaine à Jérusalem et écrivent un livre à leur retour que, s’ils avaient passé un mois, ils n’auraient écrit qu’un article et, qu’au bout de deux mois, ils n’auraient rien écrit du tout… Etant arrivé il y a quatre jours à l’île Maurice pour n’y rester que quinze jours, je m’inquiète donc de ce que je vais écrire, et me cache sous le manteau des « premières impressions ».

La première est sans doute, au sein d’une population très mélangée, l’importance de la présence asiatique, et spécialement indienne : cela se reflète au plus haut niveau, dans le gouvernement, mais aussi plus simplement dans la rue. Avant-hier d’ailleurs, alors que les catholiques, nombreux, fêtaient l’Assomption de la Vierge, ce n’est pas eux que l’on voyait dans les rues, mais des groupes d’Indiens ou d’Hindous, fêtant au choix l’indépendance de leur pays ou le dieu Ganesh. Encombrements garantis, le centre ville de Grand Baie bloqué !

La deuxième impression est celle d’un développement anarchique, sans ligne directrice. Visitant lundi la capitale de Maurice, Port-Louis, je me suis demandé comment pouvait s’y retrouver mon ami chauffeur, sans aucun panneau indicateur, ni nom de rue, ni a fortiori de numéro ! Par ailleurs, immenses regrets de constater qu’aucun plan d’urbanisme n’existe avec, pour résultat, la disparition quasi-totale de l’habitat colonial : certes, fait le plus souvent de bois et de fer, il est coûteux à entretenir. Mais une amie m’a avoué que certaines grandes entreprises s’étaient proposé de racheter et réhabiliter plusieurs éléments de cet habitat, sans que le gouvernement ne donne suite…

Paul et Virginie, Maurice

Paul et Virginie, vue partielle

Dommage en particulier pour le port : aux dires de mon accompagnateur, la nouvelle facture lui a fait perdre son âme. Le Caudan d’aujourd’hui, puisque tel est le nom du front de mer, est semblable à n’importe quel front de mer de dizaines de villes de pays développés. Il garde néanmoins en son sein un petit musée, présentant l’évolution des cartes géographiques, mais surtout largement consacré à l’évocation de Paul et Virginie : et trône désormais en ce lieu une vraie merveille, la sculpture sur marbre de Paul et Virginie par Prosper d’Épinay.

La situation n’est pas meilleure à Grand Baie où je réside, dans le Nord (rond rouge sur la carte ci-dessus). La canne à sucre, toujours très présente, a perdu une grande part de sa rentabilité, et les grandes compagnies sucrières se sont donc tournées depuis plusieurs années vers la promotion immobilière et le tourisme : aux dépens bien sûr des champs de canne. Si certaines parties de la côte sont encore préservées, cela résulte de leur caractère ancien et privé, parce que les familles descendant d’anciens colons n’ont pas toutes encore bradé leur patrimoine. Mais la « bétonification » avance rapidement ! On me dit que le Sud est encore préservé : pour combien de temps ? Va-t-il lui aussi recevoir un jour, à destination première des touristes, la grâce de la multiplication de gigantesques centres commerciaux, dont la rentabilité pourrait bien ne pas résister au temps ou à la concurrence ?

église des saint anges, Grand Baie

Eglise des saints Anges, au bord de l’eau

Ces premières impressions peuvent paraître plutôt négatives, elles ne le sont pas, et je vais donc en ajouter deux autres, très positives celles-là : en premier lieu, la qualité de l’accueil et donc des personnes. Le prêtre qui m’offre l’hospitalité, les amis que je suis venu retrouver ne cessent de se mettre en quatre pour satisfaire la moindre de mes aspirations. Et comme ce sont des personnes ou des familles relativement aisés, pour lesquels on ne lésine pas sur le personnel (ce qui permet de donner du travail à beaucoup de personnes qui seraient sans cela au chômage), je ne manque de rien.

Et à propos de personnes, comment ne pas évoquer ici la figure de Jacques de Foiard-Brown, ermite né à Maurice et revenu dans son pays natal depuis 32 ans ? Installé à côté de l’église de la Salette, sur un domaine ecclésial où ne se trouvait au départ qu’une ruine, il a défriché, planté des arbres, monté des murs, construit des maisons où il accueille désormais, le plus souvent sans aucune rétribution, le tout-venant, ou bien certains groupes qui viennent apprendre de lui l’art de la méditation. Frêle, fragile, miraculeusement relevé d’un grave cancer, débordant d’idées, très empathique, l’aristocratique Jacques de Foard-Brown est le digne descendant de ces colons qui ont assuré le développement de l’île dans ses origines.

En deuxième lieu, je ne le note que maintenant puisque tant d’autres l’ont relevé et exprimé avant moi et mieux que je ne peux le faire, comment ne pas mentionner la beauté de l’île Maurice, en particulier de cette côte lorsqu’elle n’est pas laissée à la spéculation des sociétés immobilières ? Ah ! si l’homme pouvait, ici comme ailleurs, se souvenir que Dieu l’a créé pour être le gardien de la création (Gn 2,15), non son destructeur !

P. S. La caractéristique de l’hiver à Grand Baie, et donc dans le Nord de l’île, n’est pas le froid, puisqu’il fait quand même autour de 25°. En fait, c’est la pluie : là comme en… Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour !

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