Le nonathlon de la Toussaint

Frères et sœurs, chers amis, au risque de vous surprendre, je dois vous dire que l’écoute des Béatitudes, au nombre de neuf chez Matthieu si je compte les « Heureux », me fait penser à un « nonathlon » : c’est nouveau, cela vient de sortir et consiste en neuf épreuves. Et il me semble que le mot épreuves est bien choisi : si vous lisez ces béatitudes, vous constaterez qu’elles sont une sorte de monde à l’envers, et qu’il faut, comme on dit si souvent aujourd’hui, changer de logiciel pour les accueillir. Il est plutôt rare que dans notre monde, l’on vante ceux qui pleurent, sont affamés ou pire encore persécutés…

Je voudrais essayer de mettre les choses au point. Et la première chose à noter est que le Seigneur, en formulant ces béatitudes, prend certes son monde à revers, mais ne lui demande pas de répondre parfaitement à toutes : lui seul en est capable, lui seul est parfaitement doux, pacifique, assoiffé de justice… Dans un nonathlon comme dans un décathlon ou dans n’importe quelle épreuve, y compris celles du bac ou des grands concours, le champion n’obtient jamais la note maximale dans toutes les épreuves : habituellement, il est bon ou à peu près bon en tout, et excellent sur certaines épreuves où, comme on dit, il fait la différence !

Je sais bien que chez saint Matthieu, un peu au-delà des Béatitudes, nous entendons l’exhortation : « soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). Mais justement, seul le Père céleste est parfait. En outre, il semble que, dans notre passage évangélique, Jésus fasse écho à cette exhortation tirée du Lévitique où c’est Dieu qui parle : « Soyez saints comme Je suis saint ». C’est peut-être plus vague, mais moins effrayant… Et plus à notre portée.

Car la sainteté ne tient pas à la perfection, au sens d’une réalisation de toutes les Béatitudes, mais à être excellent dans une ou plusieurs d’entre elles. Comme dans les épreuves dont je vous parlais il y a quelques instants. Chez les saints, certains étaient pacifiques et d’autres non, certains étaient pauvres et d’autres non, certains avaient fait de la justice leur priorité et d’autres non… Il ne faut pas faire de la sainteté un sommet inatteignable que 144.000 personnes n’atteindront en fait jamais, pas même cent ou dix : la sainteté est la conformation, disons la transfiguration vers tel ou tel aspect de la vie de Jésus, dont les Béatitudes nous donnent un concentré.

Oubliez le nonathlon : concentrez-vous sur l’une ou l’autre épreuve, la mise en œuvre de la paix, ou de la justice, la pureté de cœur, la pauvreté d’esprit ou de moyens… Et avancez résolument, sans jamais regarder en arrière. Sachez bien que les résultats n’apparaissent jamais du premier coup, et surtout qu’ils sont le fruit d’une lente progression, dans laquelle il importe de ne jamais se décourager, quelle que soit la croix qui se présente sur la route. Parce que les saints comptent d’abord sur la miséricorde infinie du Seigneur plus que sur tel ou tel talent que Dieu a pu déposer en eux. Non, les saints ne sont pas tels par un coup de baguette magique : ils le sont devenus.

Combien sont-ils ? 144.000 ? Une foule immense que nul ne pouvait dénombrer ? Ne comptez pas, cela est vain. D’ailleurs, vous faîtes déjà partie du nombre, vous que la tradition chrétienne, à la suite de saint Paul, appelle « les saints », parce que vous avez été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Vous êtes en chemin. Alors, bonne fête à chacun de vous.

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