Amour et prière tiennent l’homme éveillé

Frères et sœurs, le texte de l’évangile évoque des affolements, des fracas, des peurs qui correspondent peu ou prou sinon à la situation actuelle de notre pays, du moins à celle de notre planète, telle que l’actualité y fait écho : guerres innombrables, migrations, variations climatiques, écart grandissant et choquant entre les riches et ceux qui ne remplissent pas leurs ventres même une fois par jour…

De mon point de vue, ces ébranlements dont nous sommes les témoins ne sont pas seulement des contrecoups, ponctuels, mais des chocs durables à partir desquels Dieu nous parle et nous invite à réfléchir. Je ne crois donc pas, même si c’est tentant parce que nous souffrons d’un profond sentiment d’impuissance, que la bonne solution soit de plonger la tête dans le sable ! Mais je ne crois pas que ce soit non plus de s’arrêter aux questions : que faire ? Comment faire ?

Bien sûr, ces questions sont importantes, mais, formulées ainsi, elles ne font pas suffisamment droit à notre spécificité de disciples et de témoins du Christ : si l’on s’arrête au faire, qui concerne tous les humains, il n’est pas sûr que l’on ait besoin de nous. En revanche, s’il s’agit d’être, nous avons peut-être un mot particulier à dire, une manière d’être à manifester. Et ici la deuxième lecture comme l’évangile nous donnent des réponses : nous devons être des vivants d’un amour intense entre nous et à l’égard de tous les hommes d’une part, nous devons être des éveillés d’autre part.

Aimer, c’est devenu tellement banal à force d’être répété… Aujourd’hui, tout le monde sait et dit que l’amour est important. Ce que l’on dit moins, c’est que l’amour est beaucoup plus qu’un simple sentiment. Les couples le savent, au-delà de l’éventuel coup de foudre passager, il faut apprendre à aimer, il faut même parfois se forcer à aimer. Cela pourrait vous apparaître choquant, mais aujourd’hui, au lieu de donner une priorité absolue au sentiment, qui passe, ne devrions-nous pas témoigner de l’importance de la volonté, plus durable, qui doit se traduire par un engagement éclairé par l’Esprit ? Oui, il faut vouloir aimer.

C’est justement parce que l’amour n’est pas qu’un sentiment que l’apôtre Paul peut requérir des Thessaloniciens à l’époque, et de nous aujourd’hui, un amour à l’égard de tous les hommes et non pas seulement de ceux qui nous sont proches ! Le fameux évangile du bon Samaritain nous le dit, nous ne devons pas aimer parce que nous sommes proches, mais nous rendre proches pour aimer. Et là, dix occasions se présentent chaque jour : en les saisissant, nous serons vraiment témoins d’une manière d’être propre aux disciples du Christ.

Quant à l’éveil, un thème essentiel de l’Avent, certains penseront qu’il a une petite connotation bouddhique, puisque le terme même de Bouddha veut dire « l’éveillé ». Tant mieux si un rapprochement inter-religieux est possible, mais l’éveil en christianisme ne consiste pas à s’abstraire de la réalité quotidienne, mais à retrouver les signes de la présence de Dieu au cœur même de cette réalité, là où on ne les voit pas toujours, et à les mettre en lumière. L’amour dont j’ai parlé est un moyen privilégié de se tenir en éveil. D’ailleurs, les grandes réalisations chrétiennes que sont par exemple les missionnaires de la Charité, Emmaüs, ATD Quart-Monde et bien d’autres, sont des fruits de l’amour et sont nées le jour où telle ou telle figure chrétienne s’est éveillée en disant : « l’amour nous presse ».

L’amour est essentiel à la veille, mais Jésus lui adjoint un autre stimulant : « Restez éveillés et priez en tout temps ». La prière, inspirée par l’Esprit tout comme l’amour, est aussi ce moyen par lequel nous apprenons à voir l’invisible. Qu’amour et prière nous animent pendant ce temps d’Avent et au-delà.

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