Impuissance divine, impuissance humaine

Nouvelle tuerie en France, cette fois-ci à Strasbourg : impuissance de la police, que je constate simplement sans mettre en cause qui que ce soit.. J’ai découvert l’info en rentrant du cinéma où j’étais allé voir le film Marche ou crève, qui évoque les très douloureux dégâts que cause le handicap dans une famille : pas trop de solutions, impuissance des familles… Et nous ne sommes pas encore sortis de la crise des gilets jaunes qui met en lumière notre impuissance générale, à différents niveaux… Et que dire de cette impuissance pour ceux qui vivent en Irak, au Mali, au Yémen ou au Venezuela, face à la guerre, au déficit alimentaire ou sanitaire !

Alors, comme d’autres peut-être, ou sans doute, je me tourne vers Dieu, « le Tout-Puissant », et lui demande où il est en ce moment dans notre monde : je voudrais tant qu’il intervienne vigoureusement. La réponse classique est connue et vraie, bien sûr : il est impuissant face à la liberté humaine de choisir le péché et le mal, il se range donc du côté du juste bafoué, traîné dans la boue, martyrisé, comme le fut Jésus, le Fils, dont tout homme porte sans le savoir ou en le sachant l’image en lui.

Dans mon précédent article, j’évoquais le livre ancien de Michael D. O’Brien, Père Elijah, une mine de réflexions dont j’extrais celle qui va suivre, proposée par la personne du héros, un carme. A sa manière, elle développe ce que je viens d’écrire : 

« Nu devant les yeux d’Elijah se tenait le problème fondamental de son âme : tout lui avait été donné et cela ne lui suffisait pas (…) L’ancienne cicatrice d’Adam dans sa nature le tirait inexorablement en arrière,encore et toujours vers ce désir de certitude. Non pas qu’il ait envie de forcer le Créateur de l’univers à justifier Sa volonté, mais il était affamé d’une trace d’explication. Il ne savait que trop que si elle lui était donnée, il en aurait vite besoin d’une plus grande, et d’une plus grande encore après celle-là, jusqu’à ce qu’en fin de compte, aucune explication ne puisse remplir l’abîme grand ouvert de son doute (…) Oh ! oui, il connaissait toutes les réponses, dans tous les sens, de haut en bas, à l’endroit comme à l’envers. La liberté. La volonté humaine. L’homme ne pouvait pas aimer s’il n’était pas capable de choisir l’amour, et avec ce choix venait la capacité de choisir l’opposé de l’amour » (op. cit. p. 530-531). 

Ainsi, non sans lien avec l’impuissance divine face à la liberté humaine, se développe une impuissance humaine face aux travers de la création originés par le péché. Bien sûr, il faut employer tous les moyens humains légitimes pour lutter contre toutes les formes de cette impuissance, telles que je les ai évoquées au début de cet article. Et les moyens divins pour lutter contre le péché. Mais il faut aussi savoir accepter, le cas échéant, la voie que Jésus a tracée et qui consiste à accepter cette impuissance : parce que la force de l’Adversaire a été vaincue sur la croix, parce que cette acceptation ouvre sur une espérance infinie.

Saint Paul avait annoncé la couleur avec son fameux : « c’est quand je suis faible que je suis fort » (2 Co 12,10). Le livre d’O’Brien, au travers de la mission du personnage principale, Elijah, en est tout au long une brillante illustration. 

Maintenant, n’ayons pas crainte de l’avouer : voilà une faiblesse très difficile à porter au quotidien, lorsque nous sommes confrontés aux impuissances multiples dont nous sommes les témoins ou les victimes. C’est aussi et surtout une faiblesse très difficile à faire accepter à ceux qui ne veulent pas entendre, et moins encore comprendre, la place et le bénéfice de la Croix.

Un commentaire


  1. Merci d’avoir abordé ce sujet ; c’est tellement difficile de penser cette relation entre la Toute Puissance de Dieu et son Impuissance face à la liberté de l’homme.
    Et puis, tout essai de réponse s’effondre devant les abominables  » catastrophes naturelles  » où la nature, et elle seule est impliquée.
    Tsunamis, cyclones, incendies . . .
    On peut se raccrocher aux branches (si j’ose dire) en soulignant que certaines catastrophes, seulement certaines, pas toutes, sont liées au mépris des dirigeants envers la nature et l’écologie, mais cela ne suffit pas. Où est Dieu ? Que fait il ?
    Personnellement, je ne veux pas de cette liberté, elle ne m’intéresse pas ; elle conduit à trop d’horreurs. Cette liberté totale devrait être restreinte, elle n’est pas à mettre entre les mains de nombreux humains. Alors je dis à Dieu : reprends cette liberté, elle a fait trop de dégâts !
    Jacques Kauffmann organiste du couvent op de l’Annonciation.

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