Émerveillement !

Émerveillement, s’émerveiller, merveille, voilà tout une série de mots et de motifs que l’on lit ou entend de moins en moins, en particulier en ligne. Là, on passe son temps à s’étriper plutôt qu’à s’émerveiller. Les ombrageux, les bilieux, les sceptiques, les critiques, les grincheux, les douteux, ont laissé tomber depuis longtemps l’émerveillement, et malheureusement, ils ont la plume ou le clavier faciles et envahissants !

Oh ! Je ne suis pas d’un optimisme béat, je ne cherche pas à évacuer toutes les réalités douloureuses, poisseuses, tueuses qui m’entourent, je les vois et je sais m’en plaindre ou les dénoncer comme tout le monde : mais elles ne sont, je le sais aussi et ma foi chrétienne me renforce dans cette pensée, qu’une facette du monde. La plus envahissante à nos yeux de chair, peut-être pas la plus importante aux yeux du cœur !

Mes nombreux et récents contacts avec les familles éprouvées, particulièrement celles qui ont perdu un enfant en bas âge (cas de mes amis Marie-Axelle et Benoît Clermont) ou accueilli chez elles un enfant différent, souvent porteur de trisomie (taper ce mot dans la recherche sur ce blog…), m’apprennent à voir la réalité vécue autrement, disons moins partiellement. Ces familles me disent que l’émerveillement peut se trouver au cœur des événements les plus douloureux, sans rien gommer de l’immense et durable peine qu’ils occasionnent : nouveaux contacts, nouvelle manière de lire et gérer le quotidien, re-départs souvent… Le regard de ces familles, de ces amis, sur le monde qui les entoure, sur leur propre vie, change peu à peu, graduellement, et le drame subi prend une autre couleur.

Ioulia Condroyer, A vif

Mon amie Ioulia Condroyer, la maman du petit Simon mort in utero quelques heures avant sa naissance, le dit de très très belle manière (A vif. Journal d’une maman pas comme les autres, Paris, Cerf, 2018) et je ne peux mieux faire que reprendre ses mots : « Être en deuil, c’est avoir en soi la plus grande palette de sentiments. Il n’y a pas que du noir ou du gris. Au début, la nuit nous fait oublier les couleurs de la vie. Mais peu à peu, la lumière revient et avec elle, des nuances plus vives, plus claires, plus colorées s’invitent à notre paysage. Et le rire en fait partie. Lorsque l’on rit, cela ne signifie pas que le deuil est terminé. Cela ne signifie pas non plus que l’on a oublié notre enfant. Cela signifie simplement que l’on a arrêté de s’oublier soi-même et que notre vie en noir et blanc reprend un peu de ses belles couleurs ».

Depuis la rédaction de son livre, Ioulia et son mari Frédéric ont accueilli un petit Joseph et je crois, je sais pour être en contact régulier avec eux et les avoir revus récemment que le terme émerveillement a repris un grand sens pour eux.

Il y a longtemps, au début de ma vie religieuse, je m’étais astreint à lire un gros ouvrage d’Abraham Heschel : Dieu en quête de l’homme. Philosophie du judaïsme. Grand bonheur de me plonger dans cet ouvrage, dans lequel certains commentateurs ont reconnu une forme de « théodicée ». Parmi les éléments qui me sont restés de cette lecture, il y a celui-ci, tiré du premier chapitre qui cherche à préciser comment atteindre Dieu : un insistance toute particulière et inattendue sur l’émerveillement. Cela m’a sans doute préparé à goûter la Bible en général, les psaumes en particulier, mais au-delà d’eux et surtout, la vie, dans sa beauté comme dans sa dureté.

Je terminerai donc ce billet sur le nécessaire émerveillement par un extrait du psaume 8 : « Seigneur, notre Dieu, qu’il est puissant ton nom par toute la terre ! Lui qui redit ta majesté plus haute que les cieux par la bouche des enfants, des tout petits, tu l’établis, lieu fort, à cause de tes adversaires pour réduire l’ennemi et le rebelle. A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles, que tu fixas, qu’est donc le mortel, que tu t’en souviennes, le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter ? »

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