Mgr Barbarin et la place de la femme, deux gros pavés dans la mare ecclésiale…

Ce 30-31 mars, à l’abbaye de Frigolet, Assises régionales des EDC (Entrepreneurs et dirigeants chrétiens) de Languedoc-Roussillon, sur le thème du temps : beau sujet, belles introductions, beaux échanges… Mais ce qui a occupé les conversations hors séances plénières, ce furent « l’affaire Mgr Barbarin » et « la place de la femme dans l’Église catholique ». Deux gros pavés, discutés en privé…

Alors, bien sûr, puisque je viens d’employer le terme « privé », je ne vais pas dévoiler tout ce qui s’est dit au cours de ces conversations, mais redire brièvement quelques avis très personnels sur ces sujets.

Mgr Barbarin

Le pape François l’a redit à des journalistes de retour du Maroc : « respectons la présomption d’innocence », et donc en définitive l’appel. Bien sûr, mais malgré l’immense admiration que je porte à notre pape d’aujourd’hui (voir cet article, entre autres) comme à ceux d’hier, je ne peux m’empêcher de penser, et donc de dire, que le problème n’est pas là : que Mgr Barbarin soit innocent ou pas à titre personnel, je suis très réservé sur l’opportunité de son appel devant la justice. Le cardinal avait la possibilité d’une « sortie par le haut », comme l’a bien noté aussi dans La Croix la sociologue Danièle Hervieu-Léger, il ne l’a pas saisie.

A mes yeux, en acceptant le jugement, et en proposant une démission qui aurait dû être acceptée, il manifestait sa solidarité (dans l’église, on dit « communion ») avec ses prédécesseurs, dont tout le monde admet la « négligence », comme avec les victimes. Sans parler de son modèle, Jésus, condamné bien qu’innocent, et qui a pris sur lui le péché du monde ! L’appel va donc « prolonger l’affaire », en particulier au plan médiatique, mais surtout et en premier lieu dans la vie des victimes, et en second lieu dans celle du diocèse… Dramatique !

Quant à la position du pape, accepter la démission malgré l’appel, aurait au moins permis de distinguer le plan ecclésial du plan personnel, aurait pu en outre faire quelque peu contrepoids, ramener un peu de paix. Non, je l’avoue, je ne comprends décidément pas comment le pape François peut s’arc-bouter sur la présomption d’innocence, mais en définitive, soyons clair, sur l’appel !

La femme dans l’Eglise

Vaste sujet, impossible à traiter vraiment en quelques lignes. Je me risque quand même sur tel ou tel point. Surtout qu’il ne s’agit pas seulement de la place des femmes, mais plus largement aussi de celle des laïcs. Sur ce point, voir l’article « poisson d’avril » d’Isabelle de Gaulmyn : on aimerait tant qu’il ne le soit pas !

L’une des participantes au week-end a donc dit, de manière émouvante, toute sa peine de faire face à un fossé croissant entre l’Église catholique et les femmes en général, et elle en particulier : pour faire bref, faute de reconnaissance ! Je ne peux que la rejoindre largement, et je me suis déjà exprimé sur ce point dans ce blog : on s’en rendra compte en faisant une recherche sur le terme « femme ».

En même temps, je crois important de ne pas se fier aux apparences : les femmes sont beaucoup plus présentes qu’on ne le croit. Par exemple, dans la mesure où elles accompagnent, et souvent influencent énormément, bien des hommes les plus en vue dans l’Église catholique. Y compris sinon au premier chef les saints. Au point que je me demande si ces derniers ne doivent pas leur sainteté plus à leurs fidèles et discrètes amies qu’à leurs dons propres…

Mais il est clair que cette présence reste cachée, modeste et qu’elle devrait bénéficier visiblement et beaucoup plus à l’Église catholique dans de multiples domaines. On a pu s’en rendre compte encore tout récemment lors du synode convoqué à Rome par le pape François au sujet des abus : les femmes n’étaient pas dans l’assistance, mais à la tribune, et leurs interventions d’une très grande justesse et d’un bel équilibre furent absolument marquantes.

Là où cette présence est quasi-inexistante, alors qu’elle me semble indispensable, ce serait entre autres dans les instances de réflexion et de décision. Force est de constater que celles qui y trouvent quand même leur place se plaignent de n’être pas reconnues, encore moins entendues, et souvent démissionnent comme cela a été récemment le cas de la pédo-psychiatre française Catherine Bonnet (présentation de la personne dans un article de La Vie datant de 2015).

Aperçu biblique

On peut trouver de multiples causes à ces formes de négligence, d’abaissement, voire de mépris des femmes dans l’Église. Je ne vais pas incriminer comme on le fait souvent saint Paul pour ses propos en 1 Co 11,7-16 ou Ep 5,21-24 : ils sont la marque d’une époque et ne disent pas toujours exactement ce qu’on leur fait dire… Mais de fait, je crois qu’il existe une lecture biblique de Gn 1-3 qui continue d’avoir cours dans l’Église catholique et qui n’est pas justifiée. Malheureusement, elle marque les femmes d’un signe négatif !

Difficile là encore de s’exprimer sur ce sujet en quelques mots. Disons que la création de l’homme en Gn 1,26 n’est pas celle de l’homme distingué de la femme, avec les noms hébreux Ish et Isha, qui n’interviendra qu’en 2,21s. Il s’agit dans notre passage du « mâle » et de la « femelle » et j’y vois le signe que tout être humain porte en lui ces deux composantes, ce qui doit déjà faire réfléchir.

Dans le récit de 2,21s justement, la mise au monde de la femme à partir d’une côte de l’homme ne veut absolument pas traduire une quelconque infériorité (désolé St Paul !), mais tout au contraire une parfaite complémentarité : ce qu’exprime l’exclamation « c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ».

Et dans le fameux récit de la Tentation (1) qui va suivre, si le péché apparaît comme résultant de la manducation première par la femme, c’est encore à mon sens parce que l’auteur ou les auteurs du texte voient dans la femme celle qui est sensible au beau et au bon (3,6) : tant mieux ! Mais il faudrait se souvenir que son mari a mangé à son tour, et que l’affaire les concerne tous les deux en fait : ne prenons pas l’astuce du narrateur pour une description de la réalité humaine !

J’arrête là ce billet déjà très long. Et je confie l’église de Lyon et toutes nos amies à la grâce du Seigneur !

(1) Le serpent a été créé par Dieu (Gn 3,1) : il n’est pas, à mes yeux et comme on le dit trop souvent, la personnification du Mal, présent mais caché dans le texte, mais celle du Tentateur. Et tout le récit nous décrit, avec une très grande justesse, le processus de la Tentation.

3 commentaires


  1. Tout à fait d accord. Quelle idée de faire appel !
    La semaine dernière, démission fracassante de Lucetta Scarafia, directrice de la revue « Dona, Chiesa, Mondo »,supplément de l’Osservatore Romano, et du staff féminin. Démission relatée en France dans La Vie..
    Personnalité attachante, atypique, elle a été à l’origine des révélations sur les religieuses domestiques corvéables à merci à la Curie.
    Elle relate dans un livre « Dall’ ultimo banco » le Synode sur la famille où elle était invitée… au dernier rang et muette. Elle est drôle mais là elle n’a plus envie de rire.
    Des femmes comme elle et ta sœur Véronique Margron qui ne se tairont pas nous permettent d espérer

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  2. Bonjour,
    je suis rassurée que dans vos rencontres, vos regards sur l’actualité « de l’église » (entre guillemets car je pense que cette actualité est aussi celle de la société) rejoignent les miens. Oui, je partage entièrement les propos sur l’acte décisionnaire de notre cher Pape, mon respect profond pour sa personne et son poste me font penser à quelques manipulations internes au Vatican….. (voilà que la tentation du jugement me guette). Concernant l’autre sujet, étant moi-même femme chrétienne, il m’est difficile sur quelques lignes de m’exprimer, tant le sujet est vaste, complexe et ancien. La complémentarité dont vous parlez est si évidente ! Alors que ce passe-t-il dans le regard des hommes lâches vers la femme ? De nombreuses pistes tentent de l’expliquer sans pour autant faire naître dans la civilisation l’évidence de cette coopération…. Merci cher Père de vos billets qui sont autant de réflexions instructives.

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  3. Bonsoir cher Frère Hervé et Merci de vos pensées sur ces deux sujets « brûlants ». En ce qui concerne Msgr Barbarin je vous avoue ma tristesse car lors du premier colloque biblique au Collège des Bernardins, il m’avait impressionné par sa franchise. En Belgique « l’affaire » fut suivie et le titre dans « La Libre Belgique » est, je trouve, éclairant: « Msgr Barbarin paie le prix pour les autres ». Il est malheureusement vrai qu’il doit avoir bien d’autres cas de « silence ecclésiastique ». En Belgique, on a épinglé Msgr Daneels (récemment décédé) mais son successeur passe en-dessous du radar, et pourtant…. Là où je ressens le plus de la peine pour l’Eglise est « l’affaire Jean-Paul II » – la canonisation. Dès les années ’80s, JP2 fut prévenu par Msgr Ratzinger que la pédophilie au sein du clergé exigeait beaucoup d’attention. JP2 ne fait rien. Pire à mes yeux, il laisse bien de la place au fondateur des « Légionnaires du Christ », pourtant bien connu pour une vie peu morale! Sans parler de son attitude vis-à-vis le Père Cardenal de Nicagura, et ensuite serrer la main u Général Pinochet?? J’ai mal pour l’Eglise, mais j’essaie d’y croire toujours. Merci de vos lumières sur le chemin. Bien fraternellement, Philip

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