Millions

Les millions de Notre-Dame

A l’heure où j’écris ces lignes, il semblerait qu’il ne s’agisse plus de millions, mais bien d’un milliard d’euros qui ait été promis pour la reconstruction de Notre-Dame. Des millions qui font bien sûr de nombreux envieux, venant d’associations diverses ou même des services de l’État…

Comment ne pas les comprendre dans un premier temps ? Pour en rester à notre patrimoine, il recevrait de l’État nous dit-on 320 millions d’euros annuellement : quand on se promène un tant soit peu en France, quand on constate avec bonheur l’étendue de ce patrimoine, il est difficile de penser que cette manne puisse suffire à un entretien régulier. Et les millions du Loto du Patrimoine ne seront jamais qu’une goutte d’eau ponctuelle dans un océan de besoins. Coup de chapeau ici aux particuliers qui font leur possible avec les moyens du bord !

Mais s’il ne s’agissait que du Patrimoine ! Tout aussi visible ou presque, et parmi bien d’autres exemples, la situation des hôpitaux de l’Assistance publique, faute de moyens est peut-être encore plus catastrophique, pour autant qu’une échelle des besoins puisse être établie : les personnels sont en grève. Il suffit de connaître des aides-soignants, des infirmières ou infirmiers, des médecins travaillant dans ces services pour reconnaître que leur cri d’alarme n’a rien de surprenant.

Je viens d’évoquer la visibilité, mais il faudrait y ajouter tout le moins visible, sinon invisible pour certains yeux : je veux parler des résidents des EHPAD, de ceux qui vivent dans la rue et que la misère y maintient, des familles d’enfants fragiles qui peinent à trouver des auxiliaires de vie malgré toutes les promesses gouvernementales et j’en passe.

Alors, bien sûr, les millions de Notre-Dame font tâche ! Pas vraiment lorsqu’ils sont le fruit d’additions de quelques euros offerts par de pauvres veuves qui donnent de leur nécessaire (Mc 12,41-44), mais quand ils émanent d’institutions ou de familles particulièrement fortunées et se chiffrent d’un seul coup en centaines de millions.

Pourtant, au risque de surprendre quelques-uns ou plusieurs de mes lecteurs, je n’en suis pas du tout choqué.

En premier lieu parce que la cause en vaut la peine : il suffit de constater combien l’incendie de Notre-Dame a touché les personnes, bien au-delà de Paris et de la France, dont beaucoup n’ont aucune attache à la foi chrétienne, pour comprendre que ce bâtiment joue un rôle symbolique important et rejoint le plus intime de millions de consciences. Et s’il se trouve parmi elles de riches Zachée (Lc 19,1-10), prêts à donner la moitié de leurs richesses, non, je ne vais pas le regretter ! Je sais, on me dira que Zachée a donné aux pauvres, mais je ne saurais m’instituer en juge des consciences.

Surtout que, à titre personnel ou institutionnel, et souvent dans une très grande discrétion dont il m’a pourtant donné parfois d’être le témoin, beaucoup de ces « riches » sont à l’origine de fondations aux buts solidaires et sociaux. Par lesquelles ils contribuent très largement à la redistribution de leurs richesses. Il savent fort bien, eux, et quantité de textes bibliques le montrent, que le problème est moins la richesse que sa juste redistribution…

Que l’on mette en cause, et là pour moi à juste titre, les prédateurs, ceux par exemple qui appartiennent aux désormais fameux « fonds vautours », et ils sont nombreux, trop nombreux sans doute, je le comprends : mais justement, ceux-là ne s’afficheront pas comme donateurs pour Notre-Dame. Eux aussi ont les millions discrets, pour d’autres raisons !

P. S. Dans la même ligne, et lu après la première rédaction de cet article, voir

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