Politique du compromis, non de la compromission

Au lendemain des élections européennes, les caciques des Républicains n’ont pas manqué, comme il était prévisible, de mettre en cause le leadership de François-Xavier Bellamy, en qui ils voyaient encore, quelques jours avant, un homme de brio et d’entraînement, capable de leur faire dépasser les 8% de voix dont le parti était crédité au tout début de la campagne. La greffe n’a pas pris, le malade a gardé la même température, plutôt basse…

Il faut dire que, au grand dam des grandes figures de ce parti, si Bellamy apparaissait comme un homme de compromis, et il l’a montré par exemple en acceptant de partir « aux charbons » et de participer à un triumvirat, il n’est pas un homme de compromission : pas question pour lui de composer avec certaines convictions bien ancrées. En particulier celles relatives à sa foi chrétienne, dont il ne fait pas mystère sans jamais les mettre en avant : ce sont les autres qui le font, oubliant qu’ils ne sont évidemment pas vierges eux-mêmes de convictions différentes, voire opposées.

Je n’ai jamais monté qui que ce soit au pinacle, et ne suis pas près de le faire avec François-Xavier Bellamy : je ne suis pas Bellamy-lâtre. Mon Dieu, je l’ai déjà et il s’appelle Jésus-Christ, homme de convictions s’il en est. Mais je suis de ceux, nombreux même si certains hésitent aujourd’hui à le manifester, qui ont été séduits par le courage du candidat LR, refusant de faire profil bas, acceptant la contradiction, brillant et humble à la fois.

En fait, ceux qui ont discuté, regretté, les convictions de Bellamy, ce sont précisément ceux, souvent de son propre parti, qui sont plus enclins à la compromission qu’au compromis : certains d’entre eux ont d’ailleurs déjà quitté les rangs des Républicains pour faire carrière ailleurs, d’autres parmi ceux qui sont restés se tiennent en embuscade. Prêts à tout pour revenir au devant de la scène médiatique. Tous au nom de convictions tellement changeantes qu’on finit par se demander si elles existent vraiment.

La politique du compromis, oui, celle de la compromission pour un maroquin, une place au soleil ou quoi que ce soit d’autre, non ! Il fut un temps où l’on se gaussait des mammouths du parti socialiste, on en retrouve maintenant des résurgences chez les Républicains : pour eux, il faut tout changer, revenir aux fondamentaux. Mais quels sont-ils ces fondamentaux ? J’aime ce qu’en écrivait ce matin Pierre Vivarès sur Facebook :

« Bureau politique des Républicains :

« Faut parler d’écologie ! »Les verts s’en chargent
« Faut parler d’identité nationale ! » Le RN s’en charge
« Faut parler d’économie libérale ! » La REM s’en charge
« Faut défendre les ouvriers ! » (rires)
« Faut être pro-vie ! » Tout le monde s’en fout
.

Ben alors on n’a plus rien à dire …« 

On n’a plus rien à dire… d’autre que ce que la pensée chrétienne ne cesse de dire : que la défense de la vie est primordiale, que le migrant est une personne qui doit être accueillie comme telle, qu’il faut éviter que grandisse le fossé entre les centres urbains et leur périphérie, que l’écologie se doit d’être intégrale au sens où l’humanisme devait l’être pour Jacques Maritain, que la technologie ne saurait laisser dans l’ombre toute éthique, que les milieux financiers n’ont pas vocation à diriger la planète et imposer leurs choix partout etc.

Malgré le reproche que l’on vient de m’en faire, je ne rêve pas d’un monde sans compromis : non, je n’imagine pas un instant recréer un monde chrétien, mais faire grandir un monde de solidarité et de paix, où tout le monde puisse trouver une place, mieux encore « sa » place.

Et les exigences que je viens d’évoquer sont celles de toute humanité vraie, pas seulement en fait celles du chrétien. Pour progresser dans leur réalisation, elles demandent des êtres de convictions, appuyés sur un véritable élan et un grand courage. C’est une véritable révolution dont je parle, pacifique certes mais profonde : voir ce que j’en disais ici. Et si se lèvent pour cela des Bellamy ou d’autres, beaucoup d’autres, en quelque lieu et parti que ce soit, je m’en réjouis.

2 réflexions sur “Politique du compromis, non de la compromission”

  1. oui…jusqu’à ce qu’il parle après sa défaite ou là il nous a servi le « ceux qui n’ont pas voté pour moi ont voté contre …sous entendu Macron, le RN… » donc en gros seuls ceux qui ont voté pour moi ont des convictions.

  2. La difficulté de FX Bellamy, ça n’est pas ses convictions religieuses ou éthiques, ni la cohérence entre ce qu’il a dit et ce qu’il pense. Le problème c’est qu’il a été choisi par L. Wauquiez pour incarner la jeunesse (valeur jugée essentielle depuis les présidentielles) et les valeurs conservatrices, que M. Wauquiez pensait nécessaires pour « sécuriser » l’électorat qu’il jugeait être son « socle » sur lequel reconstruire (de crainte qu’ils partent vers LREM ou le RN). Il n’a pas compris que les position connues et assumées du candidat repousseraient ceux qui ne pensent pas comme lui sans attirer ceux qui les partagent mais qui ne votent pas d’abord sur des considérations d’éthique mais sur une capacité à rassembler au delà de ceux qui pensent comme eux sur les questions sociétales pour exercer le pouvoir.
    Cette stratégie était vouée à l’échec (qui s’est révélé encore plus cuisant que ce que tout le monde prédisait) et il est ahurissant que les dirigeants LR y aient cru alors qu’elle avait déjà perdu F. Fillon et LR au moment de la présidentielle (avec une grosse aide de la part de F. Fillon lui-même, il faut bien le dire, et déjà, de l’influence du boulet électoral que représente Sens Commun).

    FX Bellamy en tant que personne n’est pour rien dans l’échec de son parti aux européennes. Toute la responsabilité en revient au chef du parti, avis me semble-t-il très largement partagé si j’en juge par les médias que j’ai écoutés/consultés. Je ne pense pas comme toi que le leadership de FX Bellamy ait été souvent mis en cause, contrairement à celui de L. Wauquiez.

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