gagner le ciel

Ne cherchons pas à gagner le ciel, il est venu jusqu’à nous

Frères et sœurs, beaucoup d’entre vous sans doute, au moins parmi les plus anciens, connaissent la fable « la laitière et le pot au lait », de Jean de la Fontaine. C’est donc l’histoire d’une brave laitière, Perrette, qui, à partir d’un simple pot de lait, se met à imaginer la fortune qu’elle va gagner, et se retrouve Gros-Jean comme devant lorsque le pot se renverse. Perrette a fait ce que nous faisons nous-mêmes si souvent, elle a bâti des châteaux en Espagne en ne comptant que sur ses tout petits moyens.

gagner le cielLa version chrétienne originale de l’histoire est celle que nous rapporte l’évangile de ce jour, où il s’agissait non pas de construire des châteaux, mais une tour. À ceci près qu’après avoir posé les fondations et quelque peu rêvé sans doute, à la manière des habitants de Babel, de la faire monter jusqu’au ciel, voilà que le bâtisseur se demande tout à coup s’il a vraiment les moyens de ses ambitions. Très bonne question qu’aurait pu se poser Perrette : même si certains vous affirment aujourd’hui pouvoir la combler au prix de prouesses techniques, la distance qui va de la terre au ciel, de l’homme à Dieu, est si grande qu’aucun humain ne pourra jamais la franchir.

D’ailleurs, pourquoi s’y acharner, alors que le ciel est déjà venu vers nous, en Jésus et par le don de l’Esprit ? Car il existe un corollaire à la reconnaissance de cette distance, un corollaire enseigné tout au long de la Bible, à savoir que Dieu ne s’est jamais satisfait de cette situation : si l’homme par son péché a pris ses distances vis-à-vis de Dieu, une distance qu’il ne peut plus franchir seul, Dieu se met à sa recherche, l’aide et vient à sa rencontre. D’où ces paroles prophétiques tirées du livre de la Sagesse : « qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit-Saint ? »

Voilà, frères et sœurs, l’immense grâce qui nous est faite : à nous qui voudrions tous gagner le ciel, inutile de monter une tour à cet effet, inutile de bâtir des châteaux en Espagne à partir de nos modestes moyens, il nous faut accueillir Dieu qui vient vers nous. Il vient vers nous par la Sagesse, qui s’est incarnée en Jésus, il vient vers nous par le don de l’Esprit. Les pères de l’Église nomment cette attitude « condescendance divine », mais vous comprenez bien qu’il ne s’agit pas de la condescendance un peu méprisante, au sens où nous utilisons habituellement ce mot, mais bien d’une miséricorde, fruit d’un vrai lien d’amour.

Oui, frères et sœurs, nous marchons vers Dieu, mais nous ne voulons et pouvons le faire que parce que Dieu a d’abord marché vers nous et s’est proposé à nous, comme Jésus venu à la rencontre des pèlerins d’Emmaüs. Nos efforts seront vains s’ils ne sont pas préalablement marqués par cette reconnaissance : « Dieu était là et je ne le savais pas », dit Jacob dans le livre de la Genèse. Nous sommes dans cette même situation, nous ne savons pas, nous oublions cette présence, parce que trop souvent nous n’avons pas le recul nécessaire, parce que nous sommes aveugles, parce que nous marchons sans nous arrêter, parce que nous ne prenons pas le temps d’accueillir Dieu dans la méditation et la prière.

Alors, frères et sœurs, ne perdons pas notre temps à nous demander comment nous allons faire pour gagner le ciel, à partir de l’argent fourni par un pot de lait ou d’une tour dont nous aurions posé les fondations, nous devons gagner ce ciel en considérant comment Dieu l’a gagné pour chacun de nous, en remettant son Fils Jésus entre nos mains et en nous donnant son Esprit. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus l’avait déjà noté, il n’est pas de meilleurs ascenseurs pour monter vers le ciel que les bras de Jésus : il nous les tend !

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