Le laxisme moral et spirituel fait le jeu des islamistes

« Nous avons été écoutés, mais pas entendus » : c’est ainsi que les évêques reçus par la commission de révision des lois bioéthiques rapportent leur audition. Ils ont le sentiment que le laxisme a gagné. Il est facile de comprendre leur désarroi, et, conséquemment, celui de nombreux chrétiens, mais le résultat était très prévisible : par le simple fait de mettre à la tête de la commission M. Touraine, farouche partisan de l’ouverture de la PMA à tous les couples de femmes, et non moins farouche « promoteur » de la GPA comme le prouve l’amendement qu’il a fait voter en catimini, au grand dam (prétendu) du gouvernement,  les dés étaient pipés, les orientations principales de la future loi établies d’avance. Pour bien marquer le terrain, on y a d’ailleurs ajouté la conservation des ovocytes, et le développement du diagnostic pré-implantatoire (mis en cause actuellement, il sera peut-être écarté, mais ne manquera pas de revenir plus tard)…

Si certains ont voulu croire que les Etats généraux de la bio-éthique allaient servir de cadre de référence pour les décisions à prendre, ils en sont pour leurs frais et il faut espérer qu’ils soient maintenant revenus de leur naïveté. Les lobbys commerciaux et financiers, qui sont les principaux acteurs souterrains de cette libéralisation mortifère, n’ont que faire des consultations nationales et de leurs fruits : seuls comptent les profits !

Mais je voudrais m’interroger sur les conséquences de ce laxisme moral et spirituel tel qu’il se manifeste aujourd’hui. On connaît déjà les principales dans le domaine bioéthique, elles ont été largement développées au Parlement et dans les médias par les orateurs, y compris par certains membres de la majorité gouvernementale qui ne se cachent pas derrière leur petit doigt. En voici quelques-unes, évidentes :

  • Droit de l’enfant à avoir un père méprisé, par delà les conventions européennes que la France a signées ;
  • Mise en place d’une médecine utilitariste destinée à satisfaire les désirs individuels et non plus à réparer des corps malades ;
  • Remboursement par la Sécurité sociale de ce qui n’est pas un soin, quand tant de malades ou handicapés auraient un vrai besoin de soutien ;
  • Eugénisme rampant, avec sélection des embryons ;
  • Multiplication des « usines à bébés », comme on en découvre déjà au Nigéria ou en Inde ;
  • Nouvelle vision anthropologique dans laquelle toute référence divine est exclue etc.

Ce laxisme moral est le signe patent du déclin des sociétés occidentales, que nous allons payer très cher dans l’avenir. Il est porté, ô combien, par le gouvernement en place, mais je ne suis pas sûr qu’un autre gouvernement, soumis aux mêmes pressions, fasse mieux tant les lobbys sont actifs et solidement implantés. Parmi eux, je compte certains courants franc-maçons qui ne se cachent plus guère.

Mais à mes yeux, ce laxisme témoigne aussi d’un recul spirituel dont nous sommes tous, à des titres divers, les acteurs : dans un monde sans Dieu, l’histoire n’a cessé et ne cesse encore de nous le montrer, c’est la loi du plus fort qui s’impose. Et il est une force que certains minorent, en pensant ainsi promouvoir un « vivre ensemble » qui ne saurait pourtant exister sans la vérité, mais qui s’étend et qui s’appelle « islamisme ».

Voilà donc qu’un islamiste, surgi nous a-t-on dit dans un premier temps de nulle part avant de « corriger le tir », frappe au cœur des institutions destinées à protéger les citoyens, à la préfecture de police de Paris. Des islamistes comme celui-ci, je gage qu’il va s’en trouver – en fait, il s’en trouve déjà – au fil du temps des dizaines, voire des centaines, que le laxisme moral et spirituel sus-évoqué ne fera que susciter. Et c’est là un point et un lien largement négligés par les commentateurs, et qui n’est pourtant pas sans conséquences pour les chrétiens de tous pays.

Car ces islamistes ont beau jeu de souligner le déclin des valeurs morales en Occident : c’est un point-clé de leur propagande, et il semble que nous fassions tout pour leur donner raison. En outre, ce laxisme touche surtout des pays de vieille tradition chrétienne : dès lors, la propagande islamiste l’attribue au christianisme lui-même, qui pourtant n’en peut mais. C’est ainsi que les chrétiens se voient reprocher cela même qu’ils combattent, et qu’ils sont dès lors considérés comme des personnes à écarter, voire à abattre.

Ce dimanche 6 octobre, des milliers de chrétiens vont manifester dans les rues de Paris : pour dire leur opposition face aux évolutions éthiques qu’on leur propose. Mais cette manifestation avec ses suites devrait aussi pour être efficace susciter un renouveau moral et spirituel indispensable face au laxisme de notre société.

6 réflexions sur “Le laxisme moral et spirituel fait le jeu des islamistes”

  1. Bravo pour ces paroles fortes! Il faudrait beaucoup d’autres courageux pour parler ainsi, particulièrement dans les médias et bien sûr dans nos milieux « catho « .

    • Merci Frère Hervé pour ce message.
      Je m’associe à cette cause par la prière en demandant à Dieu de nous aider pour agir pour que la vie humaine soit respectée du commencement à la fin.
      Que la vie que Dieu a créé par Amour pour nous puisse être donnée pour le bonheur de chaque enfant à naître dans un véritable don d’ amour reçu de Dieu.

  2. Ce n’est pas simple aujourd’hui d’exprimer un point de vue sur ces questions de bioéthique comme chrétien, compte tenu de ce qui se passe dans l’Eglise et qui a mis par terre tant d’hommes, et de femmes aussi.
    Vouloir respecter des vies humaines? J’ai du mal avec ce genre de discours.
    Balayons d’abord devant notre porte!
    La sécu ne rembourse pas nécessairement les thérapies qu’ont dû suivre des victimes d’abus dans l’Eglise.
    Beaucoup d’autres chrétiens ne manifestaient pas le 6 octobre.
    Oui, certains font tout pour donner raison aux islamistes mais de qui s’agit-il, au juste?
    De très bonnes questions posées, Hervé, sur les soins prioritaires et cependant une approche trop unijambiste de l’éthique.
    L’emprise spirituelle n’est certainement pas réservée aux islamistes. Si « le laxisme touche des pays de vieille tradition chrétienne », ne serait-ce pas partiellement parce que cette tradition n’a pas été respectée par ses porte-parole ?

    • Chère Jeanne,
      Merci pour ta réponse quelque peu critique. Et pourtant, je n’ai pas le sentiment qu’elle mette en cause le point de vue que j’exprimais.
      S’il est évident que les chrétiens doivent balayer devant leur porte, comme d’ailleurs ma phrase finale l’évoquait, ils ont commencé à le faire. C’est insuffisant, tu évoques des remboursements qui devraient se faire, il reste encore beaucoup de poussière sous le tapis, mais enfin, même s’ils n’en sont pas toujours dignes, même s’ils – et je m’inclus dans ce « ils » – doivent travailler à mettre en adéquation leur propos et leur pratique, cela ne doit absolument pas freiner les chrétiens dans l’annonce de la bonne nouvelle du Christ, qui les dépasse infiniment. Les apôtres étaient-ils des « parfaits » ?
      Non, bien sûr, tous les chrétiens n’ont pas manifesté le 6 octobre, pas plus que je n’ai cherché à le faire : j’ai choisi de « me manifester ». Parce que je ne pense pas, en tant que chrétien, que l’on puisse laisser passer ce changement considérable de paradigme anthropologique sans réagir de quelque manière. Je ne me fais guère d’illusions sur le résultat, mais je ne voudrais pas me dire un jour : « qu’as-tu fait ? Pourquoi es-tu resté sur la rive sans bouger ? »
      Fr. Hervé

  3. Je confirme qu’il n’est pas simple d’exprimer son point de vue sur ces différentes décisions, qui bouleversent nos moeurs, nos us et coutumes qui ne sont pas à entendre comme traditions, mais vécues comme telles ; qui balaient notre histoire chrétienne faute d’avoir négligé sa transmission ce qui a banalisé, je dis même profané (rendu profane), la tradition sacrée de notre filiation divine, qui est de vivre l’Alliance avec Dieu dans le monde.

    Père de 4 enfants, aujourd’hui majeurs et indépendants, ne m’empêche pas d’exprimer mon point de vue, avec beaucoup de fermeté, afin de ne pas avoir à dire : « si j’avais su … ». Il en va de même auprès de mes amis et au cours de mes rencontres.

    La vie de chaque personne ayant reçu le Baptême, est une vie sacrée, ce qui s’entend : vivre dans le monde et no comme le monde. Manifester sa peur dans la rue n’est pas suffisant ; il est important de veiller à l’éducation de nos enfants, pour les prémunir des erreurs du monde, où s’expriment des personnes à évangéliser, pour atténuer leurs souffrances qui sont la conséquence des erreurs, qui ont précédé la venue des lois contraires à la dignité humaine.

    1968, 1975 ; deux années lourdes de conséquences par la libéralisation des moeurs. Cela acquiescé par une foule chrétienne ce qui n’est pas le peuple chrétien ; il y a nuance, entre foule et peuple : la foule s’enthousiasme des illusions d’un bonheur immédiat ; le peuple est signe de l’Alliance pour un bonheur selon les Béatitudes.

    Aujourd’hui, nous vivons l’histoire relatée dans l’ancien Testament …

    Aujourd’hui, nous vivons l’Espérance, la Foi, la Charité pour l’instauration du règne de Dieu

  4. En accord avec vous. Ces lois sociétales sont les signes d’un effondrement moral de nos sociétés occidentales devenues folles. Il semble que le bon sens soit en voie de disparition remplacé par des idéologies plus radicales les unes que les autres. Cette image de décheance est du pain béni pour les islamistes qui n’essayeront pas, de toute manière, de trier le bon grain du mauvais grain, c’est-à-dire de faire la différence entre ceux qui promeuvent ces lois transgressives et ceux, les Chrétiens en particulier, qui les combattent de manière pacifique, avec honnêteté et vérité.
    Islamisme et postmodernisme sont des folies et j’ai la mauvais impression souvent, comme Français et Chrétien, d’être pris en tenaille. J’ai aussi la forte impression que l’Islam(isme) est utilisé par certains de nos compatriotes, consciemment ou pas, comme une arme antichrétienne comme si le Christianisme était encore l’ennemi à abattre par tous les moyens disponibles, même les plus terrifiants.
    J’étais comme des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes à marcher dans les rues de Paris, le 6 octobre dernier, pour témoigner de mon opposition à cette loi, après avoir marché si souvent en 2012 et 2013 contre la loi précédente de Mme Taubira. Je ne me fais pas beaucoup d’illusions, mais être présent était important pour témoigner que nous ne voulons pas de cette société destructrice.
    Pour achever mon propos, j’ai apprécié les prises de position de Mgr Aupetit, ancien médecin, qui connaît bien ces questions de bioethique. En revanche, je regrette parfois la tièdeur de certains prélats sur ces questions aussi fondamentales, et pas seulement de bioethiques.
    Grégoire
    Professeur à l’Université de Lille

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