Foi de la veuve, retournement du juge

Sur l’insistance : A propos de Ex 17,8-13 et Lc 18,1-8

Frères et sœurs, dans mon jeune temps, mes parents m’avaient éduqué en me disant que, lorsqu’on ne devait jamais réclamer, et moins encore insister : je devais comprendre que la demande avait été entendue, et que toute insistance était donc de mauvais aloi. Sans doute mes parents n’avaient-ils pas à l’esprit l’évangile que nous venons d’entendre et qui nous dit exactement l’inverse, en nous invitant à demander avec insistance. Ce qui, vous l’avouerez, est un peu bizarre : Dieu aurait-il une mauvaise oreille, serait-il atteint de presbyacousie ? Quel peut donc être le sens de cette insistance ?

En réalité, il faut chercher la raison du côté de l’homme plutôt que du côté de Dieu. Insister auprès de Dieu marque sans doute l’importance de la demande. En effet, vous l’aurez sans doute noté comme moi, de nombreuses demandes que nous formulons au cours de nos vies sont oubliées lorsqu’elles ne sont pas satisfaites sur le moment, ou dans les 48 h qui suivent. Elles nous avaient semblé importantes au moment où nous les formulions, mais elles ne l’étaient pas un peu plus tard.

Insistance sur la prièreEn revanche, lorsque l’affaire est grave, par exemple dans le cas du combat contre Amaleq dans la première lecture, alors, tout comme Moïse, « nous ne baissons pas les bras ». Faut-il que j’évoque aussi, parmi tant de situations que je connais, les parents d’enfants malades ou handicapés ? Eux non plus n’hésitent pas à courir le monde pour trouver de nouveaux concours, de nouveaux moyens pour soutenir leurs enfants. On les comprend et c’est exactement ce que Jésus attend dans les cas importants que nous pouvons lui présenter.

Mais Jésus insère ces demandes dans la prière, et l’on peut se demander si elle est bien alors l’un des meilleurs moyens, sinon le meilleur, pour obtenir un résultat rapide : ne faisons-nous pas souvent l’expérience inverse, celle d’un délai et parfois même d’un apparent oubli ? Pourtant, Jésus l’affirme : « Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice ».

Bien vite, vraiment ? Poudre aux yeux, diront les détracteurs de Jésus. Mais ont-ils bien entendu et compris ce que Jésus dit dans cet évangile ? Il ne fait pas de la seule prière le moyen d’être exaucé rapidement, mais il demande la foi exprimée dans la prière. Ce qui justifie la finale : « Le Fils de l’homme, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » La prière est donc l’occasion et le moyen de nous tourner vers Dieu, mais c’est bien la foi qui nous permet d’être entendu et exaucé. Cette foi dont Jésus nous dit ailleurs qu’elle est capable de déplacer les montagnes, cette foi qui, dans l’évangile guérit et sauve, comme il nous l’a été rappelé dimanche dernier avec les lépreux.

Peut-on dire alors de cette femme implorante qu’elle avait la foi ? L’évangile n’en dit apparemment rien : on sait seulement qu’il s’agissait d’une veuve, et donc probablement d’une personne qui avait des difficultés à « joindre les deux bouts », ce qui explique déjà son insistance. Mais en fait, on en sait un peu plus à cause du juge. Il nous est dit de celui-ci, à deux reprises, qu’il ne craignait pas Dieu : ce qui laisse clairement entendre, par contraste, que la femme craignait Dieu, elle. Alors, s’’il ne lui est pas dit, comme au lépreux de la semaine passée, « va, ta foi t’a sauvée », telle est bien la réalité de ce qu’elle a vécu, et de ce que nous sommes nous aussi appelés à vivre. Si nous ne craignons pas de réclamer à Dieu avec insistance, dans la foi et dans une prière fervente.

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