A vin nouveau, outres neuves

Qui ne connaît l’apophtegme de Jésus « à vin nouveau, outres neuves » (Mc 2,22) ? Il vient conclure une leçon donnée à des scribes : « Personne ne coud une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement ; autrement, la pièce neuve tire sur le vieux vêtement, et la déchirure s’aggrave. Personne non plus ne met du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, le vin fera éclater les outres, et le vin est perdu aussi bien que les outres. Mais du vin nouveau dans des outres neuves ! »

Cette référence biblique m’est revenue à l’esprit en apprenant ce matin que, dans une station de ski où la neige manquait cruellement, les responsables avaient « héliporté » de la neige venue des hauteurs. Et déclenché ainsi la colère des défenseurs de l’environnement, outrés par les moyens mis en oeuvre.

Ces derniers, non sans raison je crois, proposent de repenser l’accueil dans ladite station, d’y développer de nouvelles activités : tant il est vrai que les conditions climatiques, quoi qu’on en dise, sont en train de changer. Je repense avec nostalgie à ces quelques années d’enfance où, dans la ville où je vivais et où se trouvait nombre de beaux et petits lacs, l’hiver permettait de faire du patin à glace : je ne crois pas que ces lacs aient à nouveau gelé depuis au moins quarante ou cinquante ans. 

A vin nouveau, autrement dit à conditions nouvelles, outres neuves, autrement dit solutions nouvelles…. Oui, mais pour une « station » qui a tout misé depuis des années sur le ski, « on ne se refait pas en un jour ! »

Mais au-delà de cette affaire locale, dont je ne sais comment elle devrait se conclure, au-delà des questions climatiques, je me suis rendu compte que le problème « nouveau versus ancien » n’a rien de nouveau, et se pose dans d’innombrables circonstances : l’activité humaine, certes, mais aussi en vrac la consommation, le déroulement liturgique, l’évangélisation, le travail professionnel, et que sais-je encore ! 

Il n’existe pas, je crois, de réponse évidente, de « règle » qui puisse s’appliquer en toutes circonstances et qui permette de choisir en toute quiétude de garder, de prolonger, de renouveler ou d’abandonner. A l’évidence, la nouveauté ne va pas sans risques : chemin non balisé, oppositions, manque d’expérience… Il est sans doute plus confortable, comme on l’entend souvent, de s’en tenir au « comme on a toujours fait ». D’ailleurs, le vin « vieux » a des qualités que le vin nouveau, justement parce que nouveau, n’aura jamais ; et les « outres neuves » ne sont pas toujours prêtes quand on le voudrait. Ne risque-t-on pas, dans l’urgence, de choisir des outres de piètre qualité ? Le temps n’est-il pas un allié, favorable au discernement ?  

Mais que ce temps ne soit pas un prétexte pour ne rien faire, sinon du surplace : seuls les morts ne bougent vraiment plus ! Souvenons- nous donc de cette autre affirmation de Jésus : « Le Fils de l’homme n’a pas où reposer la tête » (Mt 8,20). On l’entend souvent de manière assez matérielle, en rapport avec l’errance de Jésus, comme une invitation à être prêt à tout quitter, en particulier les biens, la famille, les maisons, pour le suivre. Mais on peut aussi l’entendre de manière plus spirituelle comme une invitation à ne pas s’enfoncer dans ses habitudes ou ses certitudes.

Le risque est inhérent à toute vie humaine, Jésus l’a connu, il l’a accueilli, il l’a assumé : « non pas ma volonté, mais la tienne » (Lc 22,42). Ce risque assumé l’a conduit sur la croix, mais aussi à la résurrection.

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