La santé et le salut

santé ou salut

Comme un ami me le faisait remarquer récemment, le temps de confinement a mis au premier plan de toute notre actualité le thème de la santé. Tant mieux pour les soignants, auxquels nous sommes invités à donner ou redonner une place parmi les premières, mais il est un dommage collatéral : le thème du salut, déjà très négligé antérieurement, a totalement disparu de l’horizon !

Dans la plupart des sociétés humaines d’aujourd’hui, et particulièrement dans les plus développées économiquement, la maladie, et plus encore la mort qui a fait un incroyable retour sur le devant de la scène, sont des limites intolérables au bien-être et à la vie. La préservation de la santé est devenue une finalité première, et dans une large mesure, une idole.

Bien sûr, comme être humain solidaire de tous les autres, je ne peux être que favorable à la guérison de toute maladie, et souhaiter que tout notre monde « vive en bonne santé ». Mais comme chrétien, je sais que l’horizon des évangiles, celui que propose Jésus à ses interlocuteurs, en particulier à ceux qu’il guérit, est bien plus vaste : pardon des péchés en vue d’une vie nouvelle, réintégration de l’exclu dans la communauté, vie éternelle etc. Aussi la santé n’est-elle qu’une dimension du salut.

Trois raisons justifient à mes yeux ce désintérêt pour salut :

  1. La première raison est l’effet d’une méprise sur le salut chrétien, assimilé à quelque récompense dont l’homme jouira dans la seule vie céleste, autrement dit dans un avenir inconnu et donc, pour beaucoup, inexistant. Dans une société obnubilée par l’immédiateté, seul le présent compte (1).
  2. La deuxième raison, très corrélative de la première, est que dans des sociétés largement déchristianisées, le salut est vu comme un fantasme chrétien, et ne saurait donc constituer une réalité désirée et attendue.
  3. La troisième raison, qui constitue comme l’envers des deux précédentes, est que la santé est une réalité mondaine, que garantissent ou devraient maintenant garantir les développements de la technique. Et si tel n’est pas le cas encore comme on vient d’être forcé de le constater avec la pandémie, on vous expliquera qu’il ne s’agit que d’une question de temps.

On comprend mieux alors pourquoi la « mauvaise santé », à quoi on assimilait dans le passé et on assimile souvent encore aujourd’hui la fragilité selon ses multiples manifestations (évoquées à plusieurs reprises sur ce blog : pauvreté, migration, handicap…), est choquante et n’a pas de place dans cette société-là. Laquelle ne cesse donc de produire une exclusion grandissante, à tous niveaux.

A contrario, dans les évangiles, le salut, qui est lié à la reconnaissance d’une telle fragilité et d’une forme d’impuissance (« Que veux-tu que je fasse pour toi ? », Mc 10,51), produit de l’inclusion.

La vie vraiment chrétienne reconnaît cette fragilité comme constitutive de tout homme, et elle l’assume parce qu’elle est le meilleur des témoignages rendus à Jésus, et au salut qu’il vient apporter. Lequel touche l’être humain dans toutes ses composantes et va bien au-delà de la santé.

(1) Si l’avenir est négligé, il en est de même du passé : toutes les prétentions actuelles à le ressusciter dans sa vérité ne sont que reconstruction et négation de ce qu’il fut vraiment. Avec ses bons et ses mauvais côtés.

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