Comment avertir le pécheur de son péché ?

Prédication du frère Hervé Ponsot le 6 septembre 2020 (sur Ezéchiel 33,7-9 et Mt 18,15-20)

Il guette le péché
Il guette le péché…

Avertir le pécheur de son péché afin qu’il se convertisse, voilà certainement frères et sœurs une belle action qui nous est proposée. Mais comment ne pas entendre en arrière-plan cette autre remarque de Jésus : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ? » Entre avertir par charité ou se retenir par prudence, il n’est souvent pas facile de se décider.

De manière symptomatique, même dans les communautés où le fameux chapitre des coulpes, où l’on s’accusait de ses fautes ou recevait accusation des membres de la communauté, constituait une institution de longue date, on en est revenu… On parle plutôt de « correction fraternelle », même si elle ne l’est pas toujours ! Comment donc la mettre en œuvre de la meilleure manière ?

Le principe nous en est rappelé par Jésus dans l’évangile que nous venons d’entendre : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul ». Mais avons-nous bien entendu ce qui nous est proposé là ? Nous passons trop facilement sur ses trois caractéristiques.

Il faut donc en premier lieu qu’il s’agisse bien d’un péché : trop souvent, nous confondons péché et broutille, fruit d’une autre manière d’agir ou de considérer les choses. Le vrai péché, rupture de communion avec Dieu et les frères, blesse son auteur plus que nous, et l’on comprend que le Seigneur puisse compter alors sur nous pour aider son auteur à redresser la barre.

Il faut en deuxième lieu qu’il s’agisse d’un péché « contre toi » : trop souvent, nous voyons le péché partout et bien au-delà de nous, avec des fautes contre la famille, la communauté, le groupe, et il nous semble urgent d’intervenir. Certes, il est bon de prendre la défense des plus faibles, mais il faut se garder de n’être que des « redresseurs de torts ». D’ailleurs, nous ne remarquons très souvent les péchés des autres que parce qu’ils sont nôtres aussi : dès lors, la prudence s’impose.

La troisième caractéristique est que le reproche doit être fait d’abord « seul à seul ». Reconnaissons-le, c’est bien difficile non seulement parce que le reproche peut être contesté en lui-même, mais parce qu’il donne souvent naissance à un reproche en retour. Il faut faire acte d’humilité pour aller à la rencontre de l’autre et dénoncer son péché… au risque de voir dénoncé le nôtre.

J’ajouterais volontiers une quatrième caractéristique que Jésus ne mentionne pas : il est important de prendre le temps d’examiner l’intention et la justesse du reproche que nous voudrions adresser. S’il est vrai qu’il faut parfois réagir vite pour que le poison ne se répande pas, le plus souvent il est opportun de différer le reproche : il n’est pas rare alors de constater qu’il n’était que vent. Mais s’il persiste, il sera dit plus tard d’une autre manière, sans doute plus douce et plus susceptible d’être entendu.

Frères et sœurs, il me semble qu’il existe plus d’une manière de sauver sa vie. La première, que je viens de commenter, est celle qu’évoque le Seigneur par la bouche du prophète Ézéchiel : être un guetteur pour son frère. Mais n’oublions pas la seconde, en forme de réciproque, qui consiste à accueillir avec bienveillance les reproches de nos frères : ils sont guetteurs pour nous afin de nous faire grandir en charité.

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