La confiance de la Sainte Famille

Sur 1 Samuel 1,20-22.24-28 ; Luc 2,41-52

Frères et sœurs, il me serait possible de vous présenter la Sainte Famille dont nous faisons mémoire aujourd’hui dégoulinante de douceur, sans aucune aspérité : un père travailleur, une mère attentive, et un enfant respectueux de ses parents. Cela a dû être fait souvent, mais les textes que la liturgie nous proposent nous orientent autrement : le premier d’entre eux évoque la stérilité dans le couple, et l’évangile lui-même fait mémoire d’une fugue de Jésus, qui affole ses parents ; vous le constatez avec moi, nous ne sommes pas dans le douçâtre, mais dans le douloureux, dans le déchirant.

Les familles d’hier connaissaient déjà bien des tourments des familles d’aujourd’hui, tout simplement parce qu’il n’a jamais été facile de former une famille. Nous parlons aujourd’hui de la famille de Jésus comme d’une sainte famille, mais, au risque de choquer certains d’entre vous, je crois qu’elle ne l’a pas été d’emblée : au départ, c’est bien une famille de saints, mais sans doute pas encore la Sainte Famille. Avec tout ce que cela suppose d’amour, de compassion, mais aussi d’incompréhension ou même de confrontation, au fil du temps. L’épisode que nous relate l’évangile d’aujourd’hui, cette disparition de Jésus au milieu des docteurs de la Loi à Jérusalem, avec l’angoisse que cela a pu générer chez ses parents, avec l’incompréhension dont témoignent les paroles de Marie « Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! », est sans doute un de ceux qui ont transformé cette famille de saints en une sainte famille.

Peut-être chacune de nos familles a-t-elle été ou est-elle encore une famille de saints, je n’en sais rien, mais ce que je crois profondément, et ce que je voudrais vous dire à travers les exemples qui nous sont donnés dans la liturgie d’aujourd’hui, c’est que seule la Pâque, ou plutôt seules les Pâques, les passages par la mort, peuvent faire de ces familles de saintes familles. Dans l’épisode rapporté par l’évangile d’aujourd’hui, et vous l’avez sans doute compris, celui de Jésus disparu, retrouvé trois jours plus tard aux affaires de son Père, il ne s’agit pas d’un simple incident vécu à l’âge de douze ans, mais bien d’une anticipation de sa mort et de sa résurrection. En le vivant, en le traversant, la famille de Jésus a commencé de naître comme une Sainte Famille.

On le dit souvent, dans les sociétés occidentales, mais sans doute aussi au-delà d’elles, les familles sont en crise. Même si certains problèmes paraissent nouveaux, comme la question de la recomposition, ils ne le sont pas tant, et ces familles ne sont pas en crise parce qu’elles affrontent des problèmes particulièrement difficiles et nouveaux, mais parce qu’elles ne savent pas faire face à des problèmes qui ont toujours, sous des formes diverses, existé. Les Saintes Familles qui nous sont proposées aujourd’hui en exemple dans la liturgie, celles de Samuel et de Jésus, ne sont pas là pour nous faire rêver d’une famille idéale qui n’était pas la leur et ne sera jamais la nôtre, mais pour nous dire comment ces familles ont fait face aux problèmes inévitables et douloureux de la vie, à savoir dans une confiance renouvelée en Dieu : Anne est cette femme stérile, priant autrefois dans le Temple pour obtenir un enfant, repoussée un moment par le prêtre qui la croyait ivre, et qui a fait confiance à Dieu, et continue de lui faire confiance en lui abandonnant son enfant si désiré ; Marie est cette jeune fille vierge, si surprise à l’annonce de l’ange, si surprise avec son mari en retrouvant Jésus au temple, mais « gardant dans son cœur tous ces événements ».

La confiance, me direz-vous, c’est bien, mais cela ne se commande pas. Depuis la mort de Jésus sur la croix, vous avez quand même une opportunité nouvelle pour l’accueillir : sur la croix en effet, Jésus s’est donné à nous, mais il nous a aussi donné sa mère comme notre mère. Ce qui veut dire que cette sainte famille est maintenant aussi, et pour chacun de nous, la nôtre : accueillons donc et partageons cette confiance en Dieu qui fait sa force.

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