La vie comme elle va

Oui, la vie comme elle va, avec ses hauts et ses bas, ses peines et ses joies.

Le frère Élie-Pascal Épinoux, de ma famille dominicaine, nous a quittés tout récemment, le 13 septembre dernier, à la suite d’un cancer à l’évolution foudroyante : il avait 51 ans. Élie-Pascal était un prêcheur, comme chaque dominicain certes, mais avec ce que nos frères à l’époque médiévale appelaient la gratia praedicationis, autrement dit un talent particulier de prédicateur, fruit d’un don divin. Et il avait pu et su exercer ce don dans de multiples lieux, sur les antennes ou sur les ondes, dans les lycées et collèges, dans les communautés religieuses, à Prouilhe et Fanjeaux dans l’Aude, lieux saint dominicains, dans des églises et en particulier, bien sûr, celle de Toulouse. A son enterrement, auquel je n’ai pu malheureusement assister du fait de mon éloignement géographique, on m’a dit qu’il y avait une centaine de concélébrants, et une église pleine avec des gens debout (l’église de Toulouse est pourtant grande !), qui ne partageaient pas tous, loin s’en faut, la foi d’Élie-Pascal, dans un silence et une émotion rares : « ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission » (Isaïe 55,11). On peut retrouver Élie-Pascal dans une vidéo émouvante de quelques minutes où il nous retrace avec flamme la vie de Sainte Catherine de Sienne.

Le cancer a fauché Élie-Pascal, comme il l’a fait de mon ami Thierry, dont j’ai déjà parlé sur ce blog, comme il le fait aussi de tant et tant d’amis et de proches : qui n’a pas dix personnes touchées autour de lui ? Le cancer n’est pourtant pas une fatalité (là aussi, chacun pourra trouver dix cas d’amis ou proches qui l’ont traversé), et la lutte en cours que mène contre lui Marie-Dominique Arrighi, MDA comme elle signe, journaliste de Libération, est à l’origine d’un blog tout à fait remarquable dans lequel elle relate, avec dignité et franchise, ses hauts et ses bas : pour une fois, et il faut sans doute voir là une conséquence de la qualité et de la dignité de l’écriture de l’auteur, les commentaires des internautes sont le plus souvent à la hauteur, et parfois très émouvants.

Puisque je suis dans le registre de l’émotion, comment ne pas évoquer le brûlant article d’un journaliste du Monde, Mustapha Kessous, relatant le racisme ordinaire, mental dit-il, dont il est en France la victime ? Les réactions des lecteurs, près de 500 au moment où j’écris, sont ici de qualité très variée, mais elles témoignent que ce racisme n’a rien d’occasionnel ni de nouveau. J’espère que cet article restera en ligne longtemps (à toutes fins utiles, sans trop savoir si c’est légal, j’en ai mijoté une version PDF si jamais il ne devait plus être accessible en ligne et facilement sur le site du journal).

Cela étant dit et reconnu, qu’il me soit permis de faire remarquer que, quelques jours après la lecture de l’article de Mustapha Kessous, et me trouvant dans la salle d’attente de mon dentiste, je suis tombé sur un numéro de la revueJeune Afrique, numéro datant de quelques années. J’y ai trouvé le témoignage d’un « blanc », travaillant dans une université « noire » en Afrique : le racisme était bien là aussi. Il est de tous les temps et de tous les pays ou presque.

Il me semble en effet que le racisme procède d’abord de la peur de l’autre, de sa différence, peur profondément enracinée en chaque être humain depuis le péché : le meurtre d’Abel par Caïn (chapitre 4 du livre de la Genèse) ne nous est pas présenté comme un crime raciste, mais je pense qu’il repose sur les mêmes fondements anthropologiques. Bien sûr, le culturel s’est ajouté là-dessus, mais il ne me semble pas premier.

Tout irait sans doute un peu mieux dans notre monde si chacun choisissait de donner, en toutes circonstances, la priorité à la vie, pas seulement la sienne, mais d’abord et surtout celle des autres.

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