Le rêve et la réalité

feeCe vendredi 3 juin 2016 doit se tenir à Paris une conférence internationale sur le problème (plus que sur la question !) israélo-palestinien. En l’absence des deux parties, ce qui fait dire aux journalistes et aux diplomates que la rencontre va sans doute tenir du vœu pieux. Le journaliste de La Croix cite l’ambassadeur palestinien à Paris qui souhaite « sauver la solution à deux États » : pour avoir vécu en tout six années à Jérusalem, pour avoir regardé des cartes montrant la colonisation israélienne en territoire palestinien, pour en avoir parlé avec des diplomates sur place, je me demande qui peut encore croire à une « solution à deux États ». Cette « solution » n’en est pas une, elle tient du rêve et non de la réalité.

Je ne veux aucunement dire qu’il ne faut pas avoir de rêve, en d’autres temps on aurait parlé d’idéal, mais qu’il faut accepter, en toute situation difficile, de perdre beaucoup d’illusions, et savoir s’ajuster à une réalité sans cesse mouvante. En pratiquant une politique des petits pas, mais aussi en acceptant de retrouver la dimension spirituelle de nos vies. En relisant comme je le fais actuellement les Actes des Apôtres, je me dis que les premiers chrétiens, très enthousiastes après avoir vu le Ressuscité, et forts du don de l’Esprit, ont dû longtemps nourrir le rêve d’une conversion rapide de leurs concitoyens. Il n’en a rien été, et beaucoup d’entre eux ont laissé leur vie dans l’évangélisation : mais rien de leurs entreprises ne peut pourtant être qualifié de vain. Car l’Esprit-Saint a fait ce qu’ils n’ont pu faire. Du fondateur de l’Ordre des Prêcheurs, saint Dominique, on rapporte qu’il a toujours fait le rêve d’évangéliser « les Cumans », une peuplade de l’Est de l’Europe dont il n’a jamais rencontré un seul représentant. Il n’en a rien été et saint Dominique a déployé tous ses efforts dans le sud de la France, et en Italie : mais ce qu’il a entrepris là a fini par porter beaucoup de fruits ailleurs, y compris chez les Cumans. Là encore, l’Esprit-Saint s’est montré le meilleur des collaborateurs.

Ce que les chrétiens des origines, ce que saint Dominique, ce que les négociateurs au Proche-Orient ont expérimenté ou expérimentent, ce que nos hommes et femmes politiques, quels qu’ils soient et où qu’ils soient, expérimentent à leur tour, décevant ceux auxquels ils ont promis la lune, c’est que les « lendemains qui chantent » n’existent pas ou plus ! Ce n’est pas seulement une question de modestie, mais une reconnaissance : le seul qui conduise vraiment le monde, et ait autorité pour le faire, c’est l’Esprit-Saint. Déjà, dans le livre d’Isaïe, Dieu faisait savoir à son peuple : « je conduirai les aveugles par une route qu’ils ignorent » (Is 42,16), parce que c’est l’Esprit qui ouvre les yeux et fait voir le chemin.

Je sais, ce raccourci est trop rapide : l’action politique, et toutes les médiations plus généralement, restent nécessaires, et il n’existe d’ailleurs que très peu ou pas de solutions qui soient directement tracés et agis par l’Esprit. Mais il s’agit ici de souligner combien, à rebours de ce qui se dit ou ce qui se vit, la dimension spirituelle de notre existence, dans tous ses champs, est primordiale pour la réussite de nos entreprises, et combien il importe de lui donner une vraie place. En particulier, pour les chrétiens, dans la prière, de telle sorte que le rêve s’ajuste à la réalité, et que la réalité s’approprie quelque chose du rêve.

 

2 commentaires à propos de “Le rêve et la réalité”

  1. …il s’agit du vendredi 3 juin…sans doute.
    MERCI pour vos belles & bonnes écritures, dans lesquelles nous nous abreuvons et partageons. Et surtout, continuez !
    Un gars du Nord.

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