Lutter contre la dévalorisation du clergé de France

Une dépêche journalistique m’apprend aujourd’hui que le diocèse d’Angoulême serait en déficit continu depuis plusieurs années, qu’un audit vient d’avoir lieu pour corriger les choses, après que le diocèse de Quimper et d’autres ont connu des difficultés semblables dans le passé. Bien sûr, on peut toujours mettre en cause l’impéritie des pasteurs, qui verraient les choses de haut et délaisseraient par trop la gestion des gros ou petits sous, on peut aussi estimer que l’Église vit au-dessus de ses moyens et que c’est un juste retour des choses, on peut encore rappeler que l’on trouve plus de vrais pauvres dans les rues que dans les presbytères et que la pauvreté choisie ou acceptée peut être une aubaine, mais je crois que si tout cela est en partie vrai, c’est aussi un peu court. En réalité, le clergé de notre vieux pays de France connaît une « dévalorisation » sur plusieurs plans, et la faillite financière de certains diocèses en est une conséquence et une manifestation. Je vais évoquer deux expressions de cette dévalorisation, mais il y en a d’autres.

Sur le plan financier d’abord, là où s’applique le mieux le terme de dévalorisation. Bien sûr, une Église vivant modestement est une excellente chose, il ne s’agit certainement pas de restaurer un clergé de luxe amassant sur le dos des pauvres : mais aujourd’hui, on en est quand même très loin dans la plupart des cas, et les « faillites » évoquées plus haut le montrent. Il y a longtemps en effet que les mannes habituelles se tarissent, par exemple les fameux honoraires de messe, en chute libre, si critiqués parce que si peu expliqués et connus. Rappelons qu’il s’agit de donner un montant financier correspondant plus ou moins à la journée d’un prêtre, laquelle inclut le fait de dire la messe à une intention précise : on ne paye donc pas une messe, on est solidaire d’un prêtre qui en dit une à telle ou telle intention… Le prêtre pouvait aussi compter sur ce que l’on appelle encore parfois le « casuel« , à savoir les offrandes faites à l’occasion des baptêmes, mariages et sépultures : elles font aujourd’hui l’objet de « tarifs » fixés par les diocèses, qui sont un mieux pour orienter les consciences, mais qui sont souvent considérés comme une limite à ne pas dépasser et qui sont alors loin de correspondre aux engagements réels des célébrants. Exemple classique et fréquent, celui des mariages « mondains » (tous ne le sont pas, heureusement) : les tarifs diocésains proposent un versement d’environ 200 euros pour une célébration qui constitue le cœur du mariage, que les célébrants auront passé plusieurs heures à ajuster si l’on tient compte de la préparation, quand le photographe d’un soir demande cinq à dix fois plus pour une prestation infiniment moindre, et quand les familles engloutissent souvent pour la réception plusieurs milliers d’euros !!! Alors on dira qu’il existe encore, au plan diocésain, le denier du culte : mais à voir plusieurs campagnes de communication qui s’efforcent de le rendre un peu plus profitable, il faut croire qu’il n’est pas encore d’un excellent rapport. Inutile de dire que l’on peut négliger certains avis de personnes très mal informées pour lesquelles le Vatican devrait pouvoir suppléer à la disette diocésaine, au nom d’une idée répandue et complètement fausse selon laquelle il serait riche : le Vatican fait comme les diocèses, il gère tant bien que mal des services importants et coûteux, et surtout des bâtiments que les administrations et gouvernements sont ravis de voir gérer par d’autres qu’eux, tant ils coûtent cher à entretenir.

Clergé don CamilloDévalorisation sociale ensuite, que l’on pourrait évoquer longuement. Disons seulement qu’il est loin le temps où M. Le Curé était l’un des notables de nos villages et de nos villes, et le rival en notoriété du maître d’école : non, les Don Camillo d’aujourd’hui quand il y en a, s’ils font encore rire, ne font plus rêver. Surtout dans les campagnes où ils vivent souvent seuls, partagés entre une multitude de « clochers » dont les ouailles peinent à les inviter, voire à les connaître. Il faut dire que ces ouailles se font rares, et qu’elles prennent volontiers leurs avis plus chez leurs amis ou dans les services en ligne que dans l’homélie du dimanche. La messe d’ailleurs, ce n’est plus trop « leur truc »… Bien sûr, en particulier en ville, il existe de nombreux ilots de résistance, avec des messes remplies de gens fervents, qui aiment leur curé, son dynamisme et celui de sa prédication, et l’on ne peut que s’en réjouir, mais combien sont-ils en fait ? J’ai tendance à penser, en écoutant les commentaires autour de moi, qu’ils restent l’exception qui confirme la règle. D’ailleurs, il n’y a plus guère que dans les familles « tradi » que l’on se réjouit encore de voir un fils « embrasser la prêtrise », une religieuse « prendre le voile », comme d’une belle carrière : aujourd’hui, parents et amis leur montreront une voie plus « humaine » et sans doute plus profitable. A moins que cette voie ne soit celle de la vie religieuse où l’aura des congrégations ou le soutien de la vie commune paraissent garants d’un avenir plus sûr : probable illusion tant il est vrai que ce qui permet d’avancer dans la vie, quelle qu’elle soit, tient d’abord à la force intérieure plus qu’à l’environnement. 

La situation que je décris là, à grands traits un peu forcés, est globalement celle du clergé français, mais elle n’est pas universelle : dans d’autres pays, le clergé semble se mieux porter, et les vocations sacerdotales et religieuses croître, au point qu’il est de moins en moins rare de voir notre pays (ré)évangélisé par un clergé étranger, souvent africain ou asiatique. Mais elle pourrait le devenir dans ces pays au fil de leur « développement ».

Mais pourquoi faire ou refaire ce constat quelque peu pessimiste ou désobligeant, un peu trop général, en tout cas déjà bien connu ? Précisément pour esquisser quelques pistes de « revalorisation » si l’on veut bien admettre que la présence de prêtres au cœur de nos communautés n’est pas une réalité aujourd’hui dépassée. D’abord bien sûr, travaillons à former des communautés fortes, vivantes, priantes : c’est toujours en leur sein que les appels de Dieu trouvent un véritable écho.  Pensons ensuite à accompagner les prêtres qui « tiennent bon », qu’ils soient en ville ou dans les campagnes : il faudrait les remercier et les féliciter dans ce qu’ils font plutôt que de leur chercher sans cesse des « poux dans la tête » pour ce qu’ils ne font pas. Ensuite montrons-leur notre estime, par nos propos ou notre attention, en ne les laissant pas seuls, mais aussi en les soutenant vigoureusement sur le plan financier : la vielle tradition biblique de la dîme (Dt 14,22-29 : reverser 10% de ses revenus au clergé) n’existe plus que dans de rares communautés sous le mode du volontariat, alors même qu’elle pourrait témoigner d’une réelle solidarité si elle était au moins gardée comme une perspective. Enfin, il faut inviter chacun de nous, prêtres, religieux ou laïcs, à prier sans relâche et non pas seulement une fois par an pour la cause des vocations sacerdotales et religieuses : elle le mérite et elle est un peu trop oubliée. Comprenons bien en effet que c’est Dieu qui appelle, que c’est lui qui nourrit son peuple, que c’est lui qui donne à chacun selon ses besoins, et que c’est d’abord en se confiant pleinement à sa miséricorde que nous trouverons un clergé, des communautés et des moyens proportionnés tels que nous pouvons les souhaiter. 

P. S. Je n’ai rien dit des problèmes que peut poser le clergé lui-même, très « personnel », trop jeune ou trop vieux, trop moderne ou trop classique, parfois peu enclin au changement et moins encore à l’audition d’un conseil, doté d’un caractère étroit ou difficile, et j’en passe. C’est vrai, mais outre que je ne sois pas sûr que ce clergé-là soit une majorité, il faut bien aussi, comme dans les entreprises ou les familles, « faire avec ce que l’on a ».

 

2 commentaires à propos de “Lutter contre la dévalorisation du clergé de France”

  1. EXCELLENT
    MERCI faudrait partager sans modération cette « mise au point » très proche des prêtres je confirme que les « honoraires des messes » ne sont pas assez expliqués et que les gens ont l’impression de payer pour faire dire une messe, alors bien entendu ça passe mal. Il est nécessaire d’expliquer.

    Vous évoquez les mariages, toute la préparation que cela demande au prêtre accompagnateur est incroyable, 200 euros rarement pour ne pas dire jamais perçus par le pauvre curé qui s’est donné dans cette préparation, alors qu’à côté de cela on va dépenser des sommes astronomiques dans robe, et repas, certes on logera le prêtre dans une chambre 5 étoiles et bien entendu il sera convié au repas, peut être pensera t on à lui payer le voyage si le mariage se fait au loin, pas certain, mais en attendant ne recevra pas ce dont il a besoin lui et ses frères pour vivre.
    Vrai aussi pour encourager les prêtres, on va là ou on se sent bien, où le curé nous plaît, on déserte nos paroisses, on abandonne nos prêtres, à commencer par moi, je bats ma coulpe. Ceci dit parfois il y a conflit vaut mieux aller ailleurs.(c’est une autre histoire)
    MERCI HERVE en tous cas

  2. Bonjour Hervé,

    Dévalorisation financière :
    Personnellement je ne paye plus le denier de l’Eglise depuis une vingtaine d’années. Depuis que j’ai pris conscience que les laïcs ont le droit de payer mais jamais celui de participer (réellement) aux décisions économiques de leur diocèse. Je suis fier de payer mes impôts car je suis un citoyen qui peut participer aux prises de décisions de ma commune, de mon département, etc …
    J’ai constaté à plusieurs reprises (et dans plusieurs diocèses) la tristesse et la colère de communautés après des ventes immobilières décidées par l’évêché du lieu sans concertation, sans prise en compte des besoins de la communauté locale et sans respect de l’histoire de ces immeubles (parfois construits par les paroissiens des générations précédentes pour servir la communauté locale).
    Inversement j’ai récemment été témoin d’une grosse opération immobilière (reconversion d’un site – 1 dizaine de millions d’euros) réalisée avec une légèreté tout à fait stupéfiante (pas de mise en concurrence de projets, pas de business plan pour le retour sur investissement, pas de projet pastoral structuré. Clairement le prélat en question voulait laisser une trace de son passage à la tête du diocèse.
    De nombreuses paroisses étaient opposées au projet, il a été réalisé. Cette décision plonge les paroisses contributrices (malgré elles) dans des difficultés financières dont elles n’avaient pas besoin.
    Dans une communauté chacun doit participer en fonction de ses capacités, chacun doit aussi avoir « droit au chapitre », ce n’est pas à un religieux que je l’apprendrais …
    Par contre, je partage votre avis sur le casuel, mais combien de prêtres (par peur de faire fuir le chaland ?) n’osent pas demander la somme et laisse la générosité des fidèles s’exprimer librement (et plus cher que gratuit, c’est trop cher, tout le monde sait cela …).

    Sur la place et la reconnaissance des prêtres au sein des communautés, il y a tant de situations différentes…
    Il me semble que l’Eglise de France aurait pu s’orienter vers une ecclésiologie de communauté où le prêtre n’aurait pas été l’homme orchestre et le patron, où les tâches et les responsabilités auraient pu être partagées, dans une vie communautaire plus forte. Le choix de Jean-Paul II a été différent. Le prêtre est le berger, les paroissiens le troupeau. Dont acte. Le métier de berger est solitaire, peu valorisé socialement.
    Les prêtres isolés et épuisés par la tâche sont à plaindre, c’est malheureusement vrai, mais les paroisses abandonnées chaque année parce qu’on s’arc boute sur une organisation ecclésiale dépassée, sont aussi à porter dans nos prières.
    Je pense qu’au lieu d’envoyer en France des bergers encadrer un troupeau qui s’étiole est à courte vue et qu’une vrai réflexion ecclésiologique s’impose. Le pape actuel en a certainement la volonté, mais il a tant de chantiers importants, lourds, délicats à mener …
    Bien fraternellement

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