Ousmane Sow est mort

Très franchement, même si j’apprécie et connais nombre d’œuvres picturales, photographiques, littéraires, musicales etc., même si j’ai eu et ai encore nombre d’amis artistes avec lesquels j’ai pu avoir de longs échanges, je n’ai aucune culture particulière dans le domaine de l’art, et ne peux me prévaloir d’aucune formation et moins encore d’aucun diplôme dans l’un des domaines que recouvre le terme « art ». Ce qui devrait donc conduire mes lecteurs à s’étonner que je veuille vous parler d’un très grand sculpteur, Ousmane Sow. En fait, c’est moins de lui que je voudrais vous entretenir, même si je vais en dire quelques mots en ce jour du 1er décembre 2016 où sa mort nous a été annoncée, mais plutôt de l’importance de l’art et de l’émotion qu’elle suscite. Il m’est déjà arrivé de le faire sur ce blog, par exemple en évoquant les travaux de certains membres de ma famille.

sow victor hugoOusmane Sow donc. Je ne suis pas un familier de son œuvre, je n’ai pas vu la fameuse exposition présentée à Paris au pont des Arts, je n’ai pas suivi les étapes de sa reconnaissance avec les nombreuses distinctions dont les États français et sénégalais l’ont gratifié, mais j’ai croisé, en photos, quelques-unes de ses sculptures. Magnifiques, expressives de tout un arc-en-ciel de sentiments. Génératrices de beaucoup d’émotions.

Pour moi, l’art qui me parle est celui qui élève l’âme et la fait entrer de quelque manière en union avec le créateur : il n’est pas nécessaire que l’œuvre ou le sculpteur soient directement religieux, même si Sow était de religion musulmane. Je dirais plutôt qu’il est nécessaire que le créateur s’efface derrière son œuvre, et que celle-ci se présente elle aussi comme le fruit d’un dépouillement : ce que les chrétiens appellent « kénose », ou « abaissement », en évoquant la parole de Paul en Ph 2,6-7 : « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes ». Voilà ce qui fait mes yeux la force d’une œuvre d’art réussie, cette kénose qui ne lui fait perdre ni sa force divine, ni sa force humaine ; pour le dire autrement, cette capacité à faire communier l’humain, souvent dans ce qu’il a de plus charnel, avec le divin. Que le créateur de l’œuvre l’ait explicitement voulu ou non.

Regardez le Victor Hugo d’Ousmane Sow : il est grand, au sens propre (voilà pourquoi j’ai « récupéré » cette photo en ligne, qui le montre bien, en espérant ne pas froisser son auteur, une certaine Noëlle), mais il l’est peut-être plus encore au figuré. Sow a su retrouver la noblesse du personnage, celui qui s’est élevé contre les misères de son temps, mais aussi sa faiblesse, compte tenu du caractère banal du sujet abordé : non un Victor Hugo triomphant, mais un Victor Hugo consultant sa montre gousset. Comme si le temps était compté, et il l’est toujours pour chacun de nous… Ce qui rend d’autant plus urgent la manifestation de notre humanité. Et l’ensemble, en bronze, a la couleur de la glaise, de la terre, dont nous ne nous échapperons que pour retrouver notre Créateur.

Allez maintenant sur le site d’Ousmane Sow : vous n’y trouverez pas seulement le Victor Hugo dont je vous parle, mais des statues de différents peuples africains, ou même américains avec sa fameuse représentation du combat de Little Big Horn, et un Clive Custer agonisant : chaque personnage y est saisissant d’humanité, de vérité, de profondeur. Tous sont « visités » : mais « qu’est donc le mortel, Seigneur, que tu t’en souviennes, le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter ? » (Ps 8,5)

Une réponse à “Ousmane Sow est mort”

  1. Cher Hervé,
    l’art n’est pas réservé aux dits spécialistes.
    Il émane de l’âme et des doigts d’un être qui s’en dessaisit pour le livrer au regard et à l’âme d’autres êtres.
    L’oeuvre est le plus souvent le seul trait d’union de ces âmes qui communient au-delà même du message de première intention.
    Merci pour ce post et pour les autres !

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