Si les hommes étaient enceints !

Beaucoup de mes lecteurs connaissent sans doute le best-seller de John Gray : « Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus » : mon propos ici n’est pas de « renverser la donne », mais de remarquer à quel point les hommes, dont je suis, pourraient bénéficier d’un petit séjour dans le corps d’une femme lorsque celle-ci est enceinte ! Certains s’étonneront sans doute que cette idée bizarre vienne d’un religieux prêtre, censé ne rien connaitre aux femmes, mais les confidences reçues de toutes celles que j’ai accompagnées dans leur vie personnelle, sans compter les couples, m’ont beaucoup appris sur ce sujet…

Angelus de Millet

La première chose que les hommes apprendraient est qu’une vie naissante, qu’elle soit végétale ou humaine, transforme considérablement « la terre » qui l’accueille, et qu’il faut donc prendre un soin particulier de cette « terre » : ne pouvant plus faire grand chose à l’égard de ce qui est semé, et donc enfoui, on doit veiller sur ce qui porte la semence si l’on veut qu’elle grandisse.

Pour la terre, on peut reprendre l’image proposée par Jésus en Mc 4,26-27 : « Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui aurait jeté du grain en terre : qu’il dorme et qu’il se lève, nuit et jour, la semence germe et pousse, il ne sait comment ».

Mais pour l’espèce humaine, il en va différemment : la femme enceinte voit son corps se modifier au vu et au su de tous, en particulier d’elle-même, et elle se trouve contrainte de vivre de plus en plus « au niveau de son corps ». Souvent d’ailleurs, au témoignage de mes amies, avec bonheur ! Si les hommes étaient enceints, ils apprendraient donc à vivre au niveau de leur corps plus que de leur raison ou, disons le mot, de leur tête ! Et sans doute en seraient-ils plus heureux.

La deuxième chose que les hommes apprendraient est la patience : chacun sait que l’on ne fait pas grandir une plante en tirant dessus. Pour le petit d’homme, il faut autour de neuf mois, sauf circonstances exceptionnelles et peu souhaitables : c’est le temps nécessaire à l’engendrement à terme. Si les hommes étaient enceints, ils réaliseraient que les questions délicates ne sont pas résolues parce qu’on leur a trouvé une issue ou une solution dans la tête, ils apprendraient donc à prendre le temps de la réflexion, du discernement, et ils se convaincraient aussi que le temps est leur allié !

Il reste que les femmes enceintes, elles le disent souvent dans ces périodes comme dans d’autres d’ailleurs, doivent tout gérer en même temps : les autres enfants s’il y en a, la maison, leur travail professionnel, et les exigences de leur maternité à venir. Et le plus extraordinaire est qu’elles y parviennent pour la plupart d’entre elles, souvent sans aide extérieure, mais non sans un investissement personnel harassant. Messieurs, chapeau bas pour elles ! Si les hommes étaient enceints, ils sauraient que, même si le travail professionnel leur « prend la tête » comme on dit aujourd’hui, ils ne sont pas les seuls à travailler : le cas échéant, le travail domestique ou familial est un vrai travail, qui peut lui aussi « prendre la tête ». Et les hommes pourraient apprendre eux aussi à conjuguer les activités, à s’intéresser de près à la vie de ceux qui les entourent et pas seulement égoïstement à la leur !

Mais si les hommes étaient enceints, ils apprendraient surtout que l’enfant qu’ils portent en eux n’est pas un accident de la nature, un avenir sur lequel ils pourraient se projeter avec tous leurs manques, une source potentielle d’ennuis, mais UNE VIE, un don de Dieu, et cela depuis son tout premier commencement. Ils la sentiraient bouger, se développer graduellement, dans une osmose avec leur propre vie. Alors, remplis d’émotion pour ce petit cœur qui bat, ils apprendraient à accueillir la vie nouvelle quelle qu’elle soit, à la respecter ; et ils perdraient peut-être ce droit exclusif de vie ou de mort sur l’enfant à venir qu’ils s’arrogent facilement, et cesseraient, comme c’est trop souvent le cas, de faire pression sur leur compagne ou épouse quel que soit son ressenti à elle, forcément différent…

 

3 commentaires à propos de “Si les hommes étaient enceints !”

  1. Heureusement il est des pères qui d’instinct savent cela. J’ai eu la chance d’avoir à mes côtés un mari très proche de son épouse et de ses 4 fils. Aujourd’hui, alors qu’il n’est plus à mes côtés, je le sens très présent et ma joie est grande de contempler mon fils aîné dans ce rôle de père qu’il remplit avec amour auprès de ses trois enfants.

  2. Que dire de plus!…Pourtant il y a ceux qui, dans une nature détruite ou perverse, déteste la vie, celle des autres du moins. Il y a ceux aussi qui intellectuellement ont conceptualisé la liberté de l’usage de leur corps réservé à la femme pour le meilleur et pour le pire. Il y a enfin la pensée politique,qui, pour éviter des drames et des injustices, a cru devoir donner un droit de vie ou de mort sur ce germe de l’enfance sans en parfaire les contours et les limites…(Il n’a jamais fait l’objet d’une évaluation comme cela avait été promis lors de la promulgation de la loi). Nous vivons dans un monde qui n’est pas soumis à notre seul façon de penser ou de croire…

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