Vie éternelle et vie terrestre

Prédication donnée à la cathédrale de La Rochelle et à l’église Saint-Sauveur le 4 août 2019. Textes : Qo 1, 2 ; 2, 21-23 ; Col 3, 1-5.9-11 ; Lc 12, 13-21.

Frères et sœurs, on peut lire dans la préface des dimanches n° 6 : « dans l’existence de chaque jour que nous recevons de ta grâce, la vie éternelle est déjà commencée ». En d’autres termes, la tradition chrétienne affirme que nous n’avons pas deux vies qui se succéderaient, la vie terrestre suivie de la vie céleste, mais une seule vie

Pourtant, à une époque pas si lointaine, les prêtres et les catéchistes de notre église catholique aimaient insister sur le fait qu’il fallait vivre en vue de cette vie éternelle comme si la vie terrestre n’était qu’une étape pénible, mais obligée. Et donc tout à fait secondaire. À l’inverse, il semble qu’aujourd’hui la vie éternelle ait disparu de nos écrans radars, et que seule la vie terrestre ait quelque importance, qu’elle ait ou non une suite. Il faut « s’éclater », tant du moins qu’on peut le faire. Mais vous le comprenez bien si la vie éternelle est déjà commencée, on ne peut l’opposer à la vie terrestre ou au contraire l’y réduire : nous n’avons qu’une seule vie, tout à la fois terrestre et céleste !

Deux de nos lectures de ce jour sont l’illustration des impasses auxquelles conduit inévitablement l’introduction d’une séparation. Pour Qohélet, la vie terrestre n’est que peine et tourments, tout est vanité ! À l’inverse, l’homme riche dont parle Jésus dans l’évangile n’a d’intérêt que pour cette vie terrestre et l’accumulation de richesses, alors même que sa durée de vie est limitée et qu’il n’emportera rien dans l’au-delà.

Sans doute nous retrouvons-nous quelque peu dans chacun de ces personnages, nous avons du mal à faire l’unité : Saint Paul nous propose une piste. Dans sa lettre aux Colossiens, il parle étonnamment de la nouvelle vie de ses interlocuteurs au passé, et vivants déjà au présent d’une vie nouvelle. Je le cite : « vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu ». Ainsi, dans chacune de nos vies, il existe une dimension cachée qui constitue la présence et la trace de cette vie éternelle déjà donnée : pour la reconnaître, il faut opérer un discernement.

Oh ! bien sûr, il ne s’agit pas de couper les réalités au couteau : ici, c’est trop terrestre, ou trop mondain, et là c’est très spirituel, très communionnel, et la vie céleste est bien là. La réalité est toujours plus compliquée que cela et je voudrais indiquer trois moyens d’avancer dans ce discernement. Tous très adaptés au temps des vacances.

  • Dans la tradition ignatienne, le processus qui va permettre ce discernement est « la relecture de vie », c’est un apprentissage qui garde toute sa pertinence : on relit son quotidien, on y cherche les signes de la présence divine, on rend grâce.
  • Mais pour ceux qui, comme moi, ne sont pas de spiritualité jésuite, je dirais volontiers que la prière est aussi un lieu et un moment de discernement : là, on prend de la distance, là on met toutes choses sous le regard du Seigneur, là l’Esprit-Saint, pour peu qu’il soit invoqué, est présent et dévoile l’autre face des réalités.
  • Et puis, dans ce monde de l’information omniprésente, où les chiens écrasés, pour dire le moins, sont sans cesse présents, j’ajouterais encore que la lecture de belles œuvres littéraires, de revues de qualité peuvent aussi contribuer à nous faire voir le monde autrement.

Parmi ces trois modalités, je suis convaincu qu’il doit en exister une ou deux qui conviennent à chacun de vous et qui contribueront à vous faire vivre votre vie terrestre autrement, toute belle comme un début de vie éternelle.

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