La conversion, actualisation de notre baptême

Frères et sœurs, combien de baptêmes vivons-nous au cours de chacune de nos vies ? Vous allez me dire que cette question est insensée, qu’il n’existe qu’un seul baptême, sacramentel, et qu’il s’agit de ce baptême d’Esprit-Saint et de feu que Jean-Baptiste évoque dans notre évangile. Vous avez raison, mais je rappelle que le verbe baptiser veut dire plonger, et que s’il est une occasion initiale de plonger en Christ par le baptême sacramentel, il existe pour chacun de nous, du moins je l’espère, bien d’autres occasions de renouveler cette plongée, de l’actualiser. Certains parleront de baptême dans l’Esprit, mais Jean-Baptiste emploie à plusieurs reprises le terme de conversions, qui représente des formes d’actualisation du baptême sacramentel.

Les pharisiens et sadducéens se présentent au baptême de Jean, et on pourrait s’en étonner. Ils ont habituellement très mauvaise presse dans nos évangiles, ce qui conduit à douter de leur sincérité : la preuve n’en est-elle pas la manière dont le Baptiste les traite ? Pourtant, l’évangéliste Matthieu a pris soin de noter que tous ceux qui venaient vers Jean « étaient baptisés en reconnaissant leur péché » : ce qui n’exclut pas a priori ces pharisiens et sadducéens. J’imagine que leur faute fut plutôt de penser qu’il suffisait de cette manifestation initiale de conversion pour être libérés de tout péché.

Conversion de saint PaulOr s’il n’existe de fait qu’un seul baptême dans l’Esprit-Saint et le feu, autrement dit dans la mort et la résurrection de Jésus, il existe en revanche de multiples occasions de conversion qui sont autant d’actualisations de ce baptême initial. Comme lui, ces conversions sont l’œuvre du Seigneur qui vient vers nous, comme lui, elles nous ouvrent des torrents de grâce, et souvent de manière inattendue, comme lui, elles nous conduisent sur de nouveaux chemins, comme lui, elles transforment notre vie. Pour l’illustrer, j’aurais pu faire appel à saint Paul et au fameux chemin de Damas, mais, pour changer et parce que je les connais mieux, je vais me référer à deux conversions personnelles que j’ai détaillées sur mon blog Proveritate.

La première conversion à laquelle je pense date du 8 décembre 1974, et j’en fête donc aujourd’hui le 45e anniversaire : je suis très heureux de pouvoir en rendre grâce aujourd’hui avec vous. Ce jour-là donc, au début d’une messe, à 11 h 15, une voix est venue, de manière totalement inattendue, me murmurer à l’oreille droite : « Entre chez les Dominicains ». Je ne les connaissais pas, je n’avais jamais pensé à la vie religieuse, vous imaginez le bouleversement intérieur qui fut le mien. Mais le Seigneur veillait, ce fut donc sa manière de me réveiller, de changer ma vie en actualisant mon baptême, et cette voix a fait que je suis là aujourd’hui devant vous.

Je suis longtemps resté dans le nid douillet de cette merveilleuse conversion en me disant, un peu comme les pharisiens et sadducéens peut-être, que l’essentiel était fait. Mais en 2016, 72 h avant Noël, j’ai eu la chance de rencontrer chez ses parents le petit Gaspard Clermont atteint d’une maladie neuro-dégénérative, dont il devait mourir quelques semaines plus tard, à 40 mois. Alors même que Gaspard était déjà aveugle quand je suis venu à sa rencontre, j’ai pourtant été converti par son regard qui « voyait l’invisible ». Je suis allé très souvent à Lourdes, je connais le « c’est quand je suis faible que je suis fort » de saint Paul en 2 Co 12,10, mais c’est bien à Gaspard que je dois cette conversion à la fragilité comme lieu majeur de la présence de Dieu.

Si j’évoque ces deux « conversions », c’est d’abord pour redire une conviction, à savoir que le Seigneur veille discrètement, mais réellement sur celui qui se tourne sincèrement vers lui. Mais c’est aussi et surtout pour rappeler, comme le Baptiste le faisait, que les appels à la conversion que nous adresse le Seigneur sont autant d’occasions de renouveler totalement notre vie et d’y trouver un plus grand bien.

Répondre à ces appels va aussi nous permettre d’accueillir et de construire ce monde nouveau, et encore trop idéal, dont a parlé le prophète Isaïe. Un monde dans lequel « le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira… ».

Croyez-vous qu’il soit encore très loin de nous ce monde-là ? Il y a mille raisons de le penser quand on considère l’actualité de la planète, mais il en est une de voir les choses autrement, au prix certes d’une conversion : dans la crèche de Bethléem, à Noël, ce monde nouveau est déjà là en Jésus. Avec les bergers et les Mages, tournons notre regard et notre cœur vers ce monde nouveau qui s’ouvre à Noël.

2 commentaires à propos de “La conversion, actualisation de notre baptême”

  1. Mon père,
    bonsoir Hervé,ta cousine Chantal m’a transféré tes écrits sur la conversion et je me suis régalé à les lire;merci et bravo pour ce travail de réveil et d' »éducation » des uns et des autres bons préparatifs des fêtes et bonne fin d’année
    Bien cordialement
    Irénée

  2. Merci, frère Hervé, de votre témoignage sincère et pudique et qui résonne chez beaucoup d’entre nous, sans doute (mais qu’importe le nombre !) comme en ricochet de nos rencontres personnelles avec notre Seigneur. Oui, Il « veille discrètement » sur nous, et souvent le bruit que nous faisons, ou que nous laissons s’engouffrer à l’intérieur de nos coeurs, nous empêche de L’écouter vraiment. Puisse la veillée de Noël nous redire, dans la contemplation silencieuse de la crèche, l’incroyable nouveauté de la vulnérabilité du Dieu incarné, Vivant au milieu de nous, et que nous n’aimons pas assez ! Philippe de Sète.

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