Bioéthique ou thanatoéthique, une dérive

La loi de bioéthique, réduite dans le discours commun à la PMA, revient sur l’agenda de l’assemblée nationale, et elle doit, nous dit le gouvernement, être votée avant la fin du mois de juillet : cette précipitation étonne, et Mgr Aupetit a dit dans une tribune publiée sur le Figaro tout le mal qu’il faut en penser.

Bas les masques ! Il n’existe aucune autre justification à cette prétendue urgence que la volonté de satisfaire un lobby, peu nombreux mais puissant, de gens habituellement classés « à gauche » : autrement dit, il s’agit d’un gage politique donné par le pouvoir, mais certainement pas d’une nécessité éthique. Je ne me fais guère d’illusion sur les résultats, la loi sera votée, et sans doute augmentée insidieusement du diagnostic préimplantatoire aneuploïde (DPI/A) et autres joyeusetés du même genre.

A la vérité, et la dérive ne date pas d’aujourd’hui, la bioéthique, éthique de la vie, a cédé la place à la thanatoéthique, une éthique de la mort : c’est la fameuse culture de mort dont parlait déjà le pape Jean-Paul II. Le pouvoir de la mort a toujours fasciné l’être humain, il est d’ailleurs déjà en creux dans l’histoire de la tentation d’Adam et Ève : en fait, il s’agit d’un pouvoir de distribuer la vie ET la mort. Disons-le d’être Dieu ! Au diable donc le « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » de l’apôtre saint Paul (1 Co 4,7).

Dans la tradition judéo-chrétienne, ce pouvoir est un fruit du péché, dont il faut sans cesse se méfier. Mais aujourd’hui, il apparaît au contraire comme un signe de la liberté de l’homme, qui n’a plus à dépendre d’aucune autorité supérieure. Et le développement de la technique, qui trouve des moyens toujours plus subtils de donner cette mort en la déguisant derrière de nouveaux procédés et de nouveaux mots, conduit à renforcer ce pouvoir. Avec le surprenant concours de plusieurs « médecins » dont on finit par se demander ce que représente pour eux cet engagement du serment d’Hippocrate : « J’interviendrai pour protéger les personnes si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité ».

L’eugénisme est donc à l’oeuvre, mais le mot ne doit pas être prononcé : il évoque des heures sombres de notre histoire humaine. Nous devons tous comprendre que s’ouvre devant nous une ère nouvelle, où la maîtrise de l’homme sur la création en général, et sur sa propre création en particulier, ne peut que lui assurer l’avenir le plus heureux possible.

Depuis des années déjà, on ne parle plus d’avortement, dont les délais s’allongent, mais d’interruption volontaire de grossesse, en insistant sur le mot volontaire alors qu’il n’est le plus souvent donné aucun autre choix. Mais aujourd’hui, on ajoute le tri des embryons, destiné à supprimer non des êtres humains, mais le handicap, ce qui est beaucoup plus noble ; aujourd’hui le désir de chacun devient la règle ultime de l’éthique et s’impose à tous ; aujourd’hui… Aussi soyez-en sûrs, le « mal » va-t-il disparaître et chacun sera-t-il pleinement heureux.

Bioéthique versus thanatoéthique

Oublions 1984, d’Orwell, tournons-nous vers 2024 : les jeux Paralympiques, qui doublaient les Jeux Olympiques, auront disparu, il ne restera plus que ces derniers. A Paris, quel honneur !

Une réponse à “Bioéthique ou thanatoéthique, une dérive”

  1. La toute-puissance de l’homme enfle dans le brouhaha du consumérisme effréné. Dans sa course à la croissance à tout prix l’homme n’a plus le temps de ressentir le besoin de se poser dans le silence de Dieu.
    Cependant la pandémie Covid-19 a écorné ce rêve d’autonomie et a provoqué des réactions que la logique financière trouve disproportionnées : stopper l’économie pour prêter attention à la mort et à la vie sur terre, quelle perte d’argent !
    Cet article salutaire défend le respect de la vie, la vraie, celle qui nous dépasse. J’ai tiré d’un livre du frère Hervé Ponsot que notre vie contient déjà notre éternité, grâce à l’amour de Dieu pour chacun qui n’exclut aucun des plus petits, et de notre volonté d’en vivre.

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