Le fleuve de la vie nous laisse un jour sur sa rive

Il y a quelques années, l’un de mes frères dominicains, ayant dépassé les 80 ans, me faisait remarquer qu’il se trouvait de plus en plus aux marges de la vie « courante », celle-ci se présentant comme un fleuve. Dont on oublie souvent qu’il est aussi marqué par ses rives.

Dans les premières années de la vie, celles que l’on rattache à l’enfance ou l’adolescence, nous nous préparons à naviguer sur ce fleuve : nous apprenons à nager, nous choisissons notre bateau, ou d’autres le choisissent pour nous. Puis vient le temps de l’embarquement, et nous sommes le plus souvent fiers de prendre la barre. Ou de croire la prendre : parce que le fleuve ne nous a pas attendu, qu’il coule et roule avant nous, qu’il coulera et roulera après nous. Là, au milieu des flots, nous voyons bien sur la rive ceux qui n’ont pu se maintenir sur l’impétuosité des flots, nous leur adressons parfois un petit bonjour, mais il est rare que nous prenions le temps de nous arrêter vraiment pour les rencontrer : le fleuve est là, avec son courant impétueux (1). Mais vient un moment où, à notre tour, nous sommes forcés de constater que nous n’arrivons plus à nous maintenir à flots, que la barre se fait lourde, qu’il nous faut céder la place à des mains plus fortes et plus jeunes : alors, peu à peu, nous nous rapprochons de la rive, où nous finissons par nous échouer.

Dans un premier temps, cette échéance inéluctable peut apparaître dramatique, tant du moins que nous gardons les yeux fixés sur le fleuve, et voyons les navires passer, rapides, avec parfois une main qui nous fait un petit signe. Jusqu’à ce que nous constations que, sur cette rive où nous avons été déposés, nous sommes loin d’être seuls : d’autres sont là, présents depuis longtemps ou arrivés il y a peu, attendant un signe, une aide, une parole, un échange de notre part, faute de les recevoir de la part de ceux que le fleuve continue de charrier et d’emporter. Ils ont quitté le cours principal du fleuve, mais pas celui de la vie, quoi qu’on en dise : le fleuve, ce sont aussi ses rives.

J’ai maintenant près de 70 ans, et je suis sur la rive. Non par contrainte, mais par choix, fruit sans doute d’une certaine usure que mon CV chargé pourrait expliquer, tout comme des affects de santé. Je pourrais être triste, mais je ne le suis pas : il y a tant à faire sur cette rive, dès lors que l’on n’est plus polarisé par le fleuve. Des services à rendre, des personnes à rencontrer sans hâte, sans pression, la prière à honorer autrement, avec plus de temps, et d’intensité peut-être. Pour ma part, puisque le Seigneur m’a donné quelques dons de plume, ou de clavier, je passe beaucoup de mes journées à écrire : à partir de ce que j’ai vécu quand j’étais encore au milieu du fleuve, ou à partir de ce que j’ai vécu depuis, des rencontres que j’ai faites, et peut-être aussi d’une expérience ou d’une sagesse acquises.

Ecrire me permet de préciser ma pensée sur une question donnée, et d’aider d’autres à préciser la leur, qu’ils se trouvent ou non en accord avec ce que j’écris. A cet effet, l’exercice demande une réelle concentration, ne serait-ce que dans le choix des mots et des tournures : il faut être lisible pour être lu. On me dit que j’y parviens. Mais bien sûr, j’attends d’être ensuite diffusé : nul n’écrit pour soi, même un journal personnel. En outre, effet secondaire, cette diffusion contribue à rémunérer un petit peu le travail réalisé, et à apporter quelques sous à la caisse commune. Quand je publie au Cerf, l’éditeur se charge de cette diffusion ; quand je publie chez Books on Demand, à compte d’auteur, alors, je dois trouver moi-même les moyens de la diffusion. Ce n’est pas facile ! Mais c’est la vie, ma vie, sur la rive !

(1) Je sais bien qu’il existe, fort heureusement, des marins ou des passagers qui choisissent volontairement d’oublier le fleuve pour venir occuper la rive.

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On me demande souvent combien de livres j’ai écrit, sur quels thèmes, pour quel public, à quelle date et, parfois aussi, pour quel prix… Le prix est toujours de 15 euros au plus, même quand je publie au Cerf, il est souvent moindre lorsque je publie à compte d’auteur chez Books on Demand. Dans ce dernier cas, je précise toutefois que les livres ne sont disponibles en librairie que sur commande.

Le fichier Powerpoint, que je vous propose plus bas, avec des diapos programmées chacune pour 5 secondes, essaie de répondre à ces questions : si vous en avez d’autres, faîtes-le moi savoir et j’essaierai de vous répondre. Et si vous avez quelque envie d’aider la communauté dominicaine de Montpellier au plan de son équilibre financier, alors pensez à le faire en commandant l’un de mes livres, ou plusieurs.

Une réponse à “Le fleuve de la vie nous laisse un jour sur sa rive”

  1. D’un membre de ma famille :
    « Oh oui ! Bien sur et c’est sans doute très apaisant.
    Mais pense aussi à tous ceux qui ne peuvent pas mettre un pied sur la rive. À ceux-là qui malgré leur quatre-vingts ans accomplis sont toujours sur ce bateau suivant le cours de leurs enfants ou de leurs petits-enfants. Qui malgré, une vie accomplie, même si elle n’est pas exceptionnelle, le corps meurtri et les mains calleuses aident toujours à la manœuvre et veillent la nuit, dans les heures de quart, pour éviter les dérives ou les bras morts et s’assurer que le bateau, qui emporte leur famille, ne heurte un rocher ou ne s’échoue. Ils n’ont pas atteint l’escale au port, sans doute de leur faute et pour conséquence de leurs insuffisances. Mais ils n’atteindront jamais cette rive dont tu parles où la vie est plus tranquille, avant qu’on ne les y dépose après leur départ dans le grand sommeil !… »

    Ma réponse :

    « Grand merci pour cette réaction, originale, et qui m’a fait réfléchir. Je maintiens quand même mon point de vue.
    Pour cette raison que, quoi que tu me dises, je ne crois pas que tu sois encore sur le bateau, mais bien sur la rive. Et c’est justement la raison pour laquelle tu es sollicité par tes enfants ou petits-enfants afin de venir à leur secours quand eux ont du mal à maintenir leur bateau sur le flot et cherchent à l’alléger pour le rendre plus maniable. Alors, oui, tu participes à leur vie, tu partages leurs difficultés, tu n’es pas « au repos », comme beaucoup d’autres et avec beaucoup d’autres. 
    C’est précisément ce que j’évoquais : il y a tant à faire sur la rive ! Mais c’est autre chose que de guider le bateau où le temps passe vite, où les tensions sont fortes, où il faut lutter pour garder son travail, ou en retrouver le cas échéant (ce qui revient à remettre le bateau sur les flots) etc. »

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