Frères et sœurs, pour continuer dans la ligne de l’évangile, je connais une tradition tellement ancrée dans le monde catholique français qu’elle semble indiscutable. Elle remonte je crois aux premiers traducteurs de la Bible de Jérusalem et nous venons de l’entendre dans la traduction liturgique du premier récit de création : « homme et femme, il les créa ». Les traducteurs de la TOB, Chouraqui ou Crampon, sans compter les textes originaux et les commentateurs, l’ont justement écartée, et donnent tous la bonne traduction : « mâle et femelle, il les créa ».
Mâle et femelle ont donc à faire leur preuve d’humanité, et ils vont le faire dans la reconnaissance orale qui va suivre, une oralité qui distingue l’homme de tout animal. Elle se situe dans le deuxième récit de la création lorsque l’homme dira de la femme : « voici l’os de mes os et la chair de ma chair. Celle-ci sera appelée femme ». Car elle est née de son côté, et non de sa côte[1], comme un être indépendant, un vis-à-vis essentiel, dans une relation équilibrée.
Vous comprenez qu’il s’agit bien d’une autre tradition, avec un juste regard sur le couple originel, sur la grandeur de la rencontre et de la relation, mais aussi et peut-être surtout sur la vraie place de la femme. Le statut et l’importance de cette dernière sont donc équivalents à celles de son conjoint, quoi qu’on en ait dit jusqu’à aujourd’hui.

Maintenant, si je veux établir un lien avec l’évangile de ce jour autre que celui d’une tradition mal interprétée, je rappelle que nous fêtons en ce 11 février l’anniversaire de la rencontre prolongée sur cinq mois de deux femmes, Marie et Bernadette, et non de Marie et d’un homme, une rencontre assez proche de ce que fut aux origines chrétiennes celle qui s’est produite entre Marie et sa cousine Elisabeth, et qui a duré trois mois. Encore une fois deux femmes pour un événement essentiel. Comment alors s’étonner que ces rencontres de grandes figures féminines soient riches de révélation et de grande portée pour le salut de l’humanité ?
Prédication donnée à Montpellier au couvent des Dominicains, le 11 février 2025, à l’occasion de l’anniversaire de la première apparition à Lourdes de Marie à Bernadette. Textes : Gn 1, 20 – 2, 4a ; Mc 7,1-13
[1]Voir sur ce point l’ouvrage d’Hélène de Saint-Aubert sur Sexuation, parité et nuptialité dans le second récit de la création, Paris, Cerf.