Prédication du 16 juin 2025.
11e semaine du temps ordinaire.
Textes : 2 Co 6,1-10 ; Mt 5,38-42
Frères et sœurs, nous venons d’entendre un bel évangile, avec le rappel initial de la loi du talion et un dépassement proposé, mais est-il applicable ? Tendre la joue gauche quand on a été giflé sur la droite : allez expliquer cela à nos amis ukrainiens ! N’est-il pas important de se défendre lorsque l’on est attaqué ?
La fameuse « loi du talion », telle qu’on la trouve dans l’antiquité et dans l’Ancien Testament, « œil pour œil et dent pour dent », fut un grand progrès dans l’histoire humaine. Alors qu’auparavant, pour une faute donnée, la compensation pouvait être démesurée, la loi du talion instituait une proportionnalité : à un dommage donné ou reçu, une compensation équivalente.
Mais l’écoute de l’évangile de ce jour nous montre que Jésus va beaucoup plus loin. Il nous propose une sorte de loi du talion à l’envers, et la question qui se pose est la suivante : n’est-ce pas totalement irréaliste ? Certes, on ne peut exclure dans le propos une certaine dimension rhétorique, destinée à marquer les esprits.
Mais il ne faut pas s’arrêter là. Jésus nous propose un modèle de vie chrétienne conforme à ce qu’il est et a vécu lui-même : il a reçu des coups, il a été trahi, il a été giflé. À tout cela il a répondu par l’amour. Et c’est cela et cela seulement qui peut justifier son invitation comme son attitude. Le mot amour n’est pas prononcé dans l’évangile que nous avons entendu, mais il est présent dans le passage de la deuxième lettre aux Corinthiens que nous avons aussi entendu. Paul y parle de la « sincérité de l’amour », une sincérité dont il énumère les manifestations dans toutes les formes d’abaissement qu’il a acceptées, voire endurées. Paul est bien de ceux qui, par amour, ont tendu la joue gauche. En dépassant la loi du talion.
Aimer ses ennemis, y compris l’adversaire violent et qui frappe, peut conduire c’est vrai à le désarçonner, et cela arrive, mais aussi bien à accroître sa fureur. Dans le propos de Jésus, il ne s’agit pas de prôner une tactique, dont la victime espère le meilleur, mais d’une conviction profonde vécue que Jésus n’a cessé de mettre en œuvre : l’amour seul peut vaincre les haines les plus tenaces.