L’Eglise chrétienne serait-elle une secte ?

Frères et sœurs, permettez-moi de vous poser une question dérangeante : l’Eglise chrétienne serait-elle une secte rassemblée autour d’un gourou nommé Jésus ? On l’a dit parfois, dès ses débuts, et trois phrases que j’extrais de chacune de nos trois lectures peuvent appuyer cette mise en cause : « Tu m’as séduit, et j’ai été séduit », ou bien « présentez votre corps en sacrifice vivant », ou enfin « renoncez à vous-même ». Nous y sommes peut-être trop habitués, et nous n’en avons certainement pas conscience, ni ne le souhaitons, mais les phrases en question sont classiques dans un phénomène de secte. Vous vous doutez bien sûr, et moi aussi bien avec vous, qu’elles ne visent pas à cela. Comment faut-il donc les interpréter ?

La réponse principale me semble se trouver dans le fait qu’une secte se manifeste par un rapport au gourou qui ne sert en rien la personne qui le suit. On parle souvent d’emprise, relation morbide qui conduit celui qui s’y soumet, sinon à sa mort physique, au moins à sa mort spirituelle et morale. Il n’est plus maître de sa vie, il vit de la vie d’un gourou qui n’est souvent guère recommandable ! Ce qui est tout le contraire d’une perspective biblique et plus largement chrétienne. Là, il s’agit certes d’une relation d’intimité profonde avec le Seigneur, mais elle conduit l’homme vers son Dieu, vers lui-même et son prochain, loin de tout péché. En d’autres termes, elle conduit l’homme à retrouver la condition idéale qui fut la sienne à l’origine, dans le jardin d’Eden.

Prenez l’exemple de saint Paul s’exclamant dans la lettre aux Galates : « je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (2,20). Est-il sous emprise ? Toute la question est de savoir ce qu’il faut entendre sous ce terme de vie. Quand Jésus vient habiter la vie de saint Paul, celui-ci ne voit pas son discernement diminuer, son autonomie disparaître, mais au contraire s’affirmer et grandir. Parce que sa vie prend son véritable sens, tournée vers l’origine auprès de Dieu : telle est la vie dont Jésus a vécu tout le temps de son séjour sur terre et dont Paul a suivi le modèle. Pour le dire d’une formule qui peut surprendre, « Paul devient de plus en plus Paul à la mesure de la vie qu’il reçoit du Christ ». De désorienté qu’il était originellement par le péché, sans même le savoir, il découvre la vérité, et il est spirituellement réorienté vers son orient, qui ne se trouve pas en lui-même mais en Dieu. Et il en va de même de tous les disciples de Jésus, donc de chacun de nous.

Ils sont très largement majoritaires ceux qui croient qu’il n’y a pas de vie après la mort : ils vivent de la seule vie qu’ils connaissent, qui les conduit à oublier Dieu. Il ne s’agit aucunement pour le disciple de Jésus de se lier à une secte, mais au contraire de recouvrer sa liberté, loin du péché. On comprend mieux alors que Jésus puisse assurer que ce renouvellement de pensée et d’action revienne à gagner sa vie, la vraie, celle que Dieu offrait à Adam et Eve avant le péché.

Frères et sœurs, en vérité, la vie terrestre doit être vue comme un tremplin pour le retour vers la vie véritable, celle du ciel auprès de Dieu. Jésus nous en a montré la route, et le moyen en écartant le péché, suivons-le !

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