L’hospitalité en question

Frères et sœurs, plusieurs d’entre vous sans doute connaissent l’icône d’André Roublev dite de la Trinité. Elle nous présente trois personnages angéliques réunis autour d’une table, chacun renvoyant à son voisin. Elle fait clairement référence à la première lecture que nous avons entendue, où il est question de l’arrivée inattendue auprès d’Abraham de trois hommes auxquels un repas est offert. Comme le texte alterne le singulier le pluriel, beaucoup de commentateurs veulent y reconnaitre une préfiguration de la Trinité. L’icône est pourtant habituellement nommée : « Hospitalité d’Abraham ».

Et c’est bien de cela qu’il s’agit en priorité. Abraham voit passer trois personnages (il n’est pas question d’anges auxquels il ne demande pas une carte d’identité) : ce sont des voyageurs, qu’il accueille sous sa tente, autour d’un festin qu’il leur fait préparer. L’accent porte bien sur l’hospitalité, inattendue, offerte sans conditions. On dit souvent, avec raison, que cette hospitalité fait partie de la vie nomadique : nous en avons peut-être un exemple aujourd’hui sur des chemins, tel celui de Compostelle.

C’est bien aussi d’hospitalité dont il est question dans le fameux évangile de Marthe et Marie. Ce qui est en cause ici, ce sont les modalités : Marthe choisit de se mettre en quatre pour accueillir l’hôte, Marie préfère se mettre d’emblée à son écoute. Les deux modes sont essentiels à la qualité de l’accueil, Jésus distingue seulement une priorité dans le temps : celle de l’écoute. Le service viendra ensuite.

Frères et sœurs, je ne surprendrai personne en rappelant que la question du nomadisme, qui se présente largement aujourd’hui en termes de migrations, est cruciale dans notre monde. Il s’agit d’une question compliquée et douloureuse dont je n’ai pas la prétention de vous livrer les clés. En revanche, il n’est pas inutile, à la suite de nos lectures, de rappeler trois éléments qui peuvent s’appliquer à toutes les formes d’hospitalité jusqu’à la plus simple, telle l’accueil à un repas.

En premier lieu, l’hospitalité généreuse doit être une exigence sans cesse présente au cœur des chrétiens, comme elle le fut pour Abraham. En deuxième lieu, si elle peut conduire à accueillir des éléments indésirables, elle permet aussi de rencontrer des envoyés de Dieu, qui n’en ont pas nécessairement l’allure. En troisième lieu, mais cela vient en fait avant toutes choses, l’hospitalité, doit toujours commencer par l’écoute et le service de l’hôte, qui sont des formes de reconnaissance.

« Va, et toi aussi, fais de même », disait Jésus dimanche dernier au scribe qui l’interrogeait. Cela me semble valoir aujourd’hui encore.

Textes :  Gn 18, 1-10a ; Col 1, 24-28 ; Lc 10, 38-42

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